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  LE KATAGAMI


Katagami ( détail d'un pochoir ) 1880-1929

Katagami  ( détail d'un pochoir )
1880-1929
Japon


Le Katagami est une technique particulière, qui au Japon, permet d'imprimer et de teindre les tissus, à l'aide de pochoirs. Cette technique apparue  au début du XIIème siècle a vu son apogée lors des années 1600 - 1850, à l'époque d'Edo . Mais c'est à partir des années 1860, que l'Europe, s'intéresse à cet art, au travers les artistes et les créateurs inspirés par le "Japonisme", nom donné par le collectionneur Philippe Burty en 1896 à ce mouvement dans le milieu artistique européen, qui va influencer une grande partie de l'art du début du XXème siècle.

A Vienne, à Bruxelles, à Paris, les mouvements artistiques issus de l’Art Nouveau et de l’Art Déco, découvrent le raffinement et l'élégance de ces formes et de ces couleurs venues du Japon, jusqu'à constituer la source d'un renouveau dans la décoration, avec un style, des motifs, des figures, qui influencent tout l'art européen de cette époque.
Cette exposition présente un ensemble exceptionnel de plus de deux cents pièces, vêtements, costumes, bijoux, meubles, tissus, vases , affiches, réalisés en katagami, en provenance de différents musées et institutions du Japon et d’Europe : Musée d’Orsay, Musées des Arts décoratifs de Paris, de Vienne, de Hambourg, Musées Royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles…

L’impression des tissus à l'aide de pochoirs en papier apparaît au japon dès l’époque de Kamakura, entre les années 1180 et 1330, mais ce n'est qu'à l'époque d'Edo, que cette technique arrive à  son expression la plus élaborée.
C'est dans cette première partie de l’exposition, que le visiteur découvre des pochoirs précieux remontant au XVIIIème et XIXème siècles. Constitués de feuilles de papier de riz, de couleurs brunes, ces pochoirs très précieusement découpés et taillés, frappent par la finesse et la beauté de leurs motifs et révèlent l’immense habileté qui fût nécessaire à ces artisans et artistes pour les réaliser.
Les meilleures applications de ce procédé de décoration au pochoir, apparaissent dans la richesse des vêtements présentés : kimonos et kimonos pour femmes de l’ère Meiji (1868-1912),  tenues de samouraï, costumes d’acteurs de théâtre kyôgen, costumes traditionnels d’Okinawa.


C'est à partir des années 1850, que le Japon s'ouvre à l'Occident avec le développement d'un commerce de plus en plus intensif , pour répondre au gôut grandissant des européens pour l'exotisme oriental. Les céramiques, les tissus, les laques, les mobiliers apparaissent dans les intérieurs mondains, artistiques et intellectuels : c’est l'époque de ce qu'on appelle alors le " Japonisme ".
Ce n'est qu'à partir des années 1880, qu'on commence à s'intéresser de plus près à la technique, pour mieux comprendre les procédés de réalisation de ces décors si délicats et si finement travaillés. On découvre alors les pochoirs japonais, et les techniques de katagami, tandis que l’industrie textile japonaise, elle, en pleine mutation commence à délaisser ces procédés trop artisanaux à une époque où l'on écouvre une meilleures productivité dans la confection et l'impression des tissus avec les premières presses dans les manufactures. La découverte du katagami en Europe date d'une période tardive du  "Japonisme". Les artistes occidentaux s'inspirent de ces décors, de ses formes, de ses couleurs, quand il tend à disparaître dans les traditions japonaises. 
La seconde partie de l’exposition montre ainsi de  quelle  manière les artistes occidentaux  se sont réappropriés l’esthétique du katagami, dans les écoles et les ateliers d’Europe ou des Etats-Unis, au début du XXème siècle.
C'est ainsi qu'en Autriche, des artistes tels que Joseph Hoffmann, par exemple ou Koloman Moser crééent des œuvres et des décors largement inspirés des  pochoirs japonais avec des ressemblances évidentes, voire avec la reproduction de motifs puisés dans l'art traditionnel nippon.


Joseph Hoffmann, dans les cours d'architecture qu'il professait, lui même utilisait des pochoirs  empruntés au Musée National des Arts Appliqués  de Vienne et en possédait également une collection.
A Paris, les estampes et les objets artisanaux japonais, sont commercialisés dès les années 1860, et popularisés auprès d’un large public par leur présentation aux Expositions Universelles de 1867 et de 1878 et 1889. Ils
sont aussi une source d’inspiration majeure pour les peintres français, qui opèrent une révolution dans leur art. Avec l’ouverture de Meiji, les relations d’échange s’intensifient avec le Japon. Les artistes européens découvrent les estampes des peintres de l’ukiyo-e (Scènes du Monde flottant) . Ils étudient les estampes d’Utamaro, de Hokusai, de Hiroshige ou de Eisen, tandis que les peintres impressionnistes trouvent des voies d’exploration qui bouleversent l’ordre académique établi. De nouvelles conceptions se présentent pour les couleurs et la lumière, les lignes, la composition et la perspective mais aussi pour les sujets.

Le katagami se fait connaître par des articles parus dans des revues d’art et participe au renouvellement des arts décoratifs en Autriche, en Allemagne, en Belgique, et en France en particulier avec des motifs qui évoluent vers des formes plus stylisées, plus simplifiées. C'est ainsi qu'un mouvement de simplification des décors et des lignes se répand chez les architectes, dans les aménagements intérieurs, dans le mobilier et les objets. On retrouve ainsi ces motifs aux  lignes onduleuses des pochoirs, alors dans  l’architecture de Guimard, les bijoux de Lalique, les étoffes de Mulhouse, les  dessins et gravures de Félix Vallotton entre autres. Van Gogh lui même fait référence au "Japonisme".
C'est Bruxelles qui au début des années 1890 devient la capitale de l’Art nouveau. Les motifs floraux, les compositions, les courbes sinueuses touchent toutes les sphères de la production architecturale, décorative, et artistique, notamment avec les architectes Victor Horta et Henri van de Velde qui ont étudié et parfois collectionné les pochoirs japonais.
L’Angleterre de son côté a très tôt développé les échanges avec le Japon. Dès 1862 , à  l’Exposition Universelle de Londres est présenté pour la première fois en Europe, une gamme très importante de produits artisanaux japonais. Les décorateurs liés au mouvement Art and Crafts par exemple sont particulièrement inspirés par les motifs naturalistes largement développés dans les pochoirs japonais.


Le katagami a ainsi inspiré non seulement l’Art Nouveau, mais aussi sur bien des plans le style Art Déco, et la peinture du début du XXème jusqu'à aujourd'hui au travers de nombreux décors aux motifs floraux stylisés dont l’origine japonaise a été bien souvent oubliée.



(LMDA)

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