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EDVARD MUNCH  
( 1863  -  1944 )

  Edvard Munch
Edvard Munch
© ADAGP

Ci-contre
Edvard Munch
dans son atelier
le 12 décembre 1943
© Munchmuseet - Oslo

 

Edvard Munch dans son atelier le 12 décembre 1943 © Munchmuseet - Oslo



En dehors d’une oeuvre emblématique et essentielle, "Le Cri ", tableau peint en 1893, Edvard Munch (1863-1944) reste peu connu du grand public. La notoriété mondiale de ce tableau jusqu’à aujourd’hui a eu pour effet d’occulter la dimension réelle, l’intérêt et l’influence de l’artiste dans l’art moderne.

Munch qui a peint près de 1700 toiles au cours de sa carrière et exécuta quantité de dessins, d’études et de gravures se distingua très tôt, dès 1880 en s’opposant par son style à toutes les conventions liées aux artistes et aux influences de son époque.
Appliqué à travailler dans un réalisme stylisé, de manière à ce que les détails et les couleurs expriment librement son sujet, il considère travailler dans un style qui serait celui du dessin technique avec la précision qui pourrait être celle d’une composition photographique. Une de ses premières oeuvres telle que "La vieille église d’Aker " en 1881 montre déjà un style particulier avec une dominante sombre et angoissante qui peut  le définir comme étant le pionnier de l’impressionnisme.
Il travaille par couches de couleur parfois épaisses, et laisse volontiers quelquefois ses toiles sous la pluie et la neige, pour les reprendre et les retravailler, en les grattant ou selon, en diluant les couleurs pour leur donner de la transparence, ou du relief afin de transmettre une émotion ou une impression au spectateur.
Il s’inscrit sans doute dans la lignée de William Turner et de Gustave Courbet et peut-être considéré comme le trait d’union entre l’expressivité de Rembrandt, Vélasquez, ou Goya et dans l’art moderne du XXème siècle, Picasso, Pollock ou Jean Dubuffet.
Edvard Munch a été un peintre du dépassement de lui-même, sans doute à la faveur d’une angoisse intérieure constante face à la vie et à la mort, et à la fragilité de sa santé et de ses souffrances nerveuses.
Il dira plus tard : " L’angoisse devant la vie me poursuit depuis ma naissance. Mon art a été comme une suite d’appels désespérés comme émis par l’opérateur de radio d’un navire en perdition". 


Edvard Munch nait et grandit dans la capitale norvégienne, qui s'appelle alors Christiania. Son père, médecin militaire, a de modestes revenus, mais est profondément croyant. Sa mère, qui a  20 ans de moins que son mari, meurt prématurément de tuberculose alors qu'Edvard n'a que cinq ans.
Celui-ci est d’une nature maladive, et sa soeur ainée Sophie décède elle aussi de la phtisie, une des formes de la tuberculose. Sa plus jeune soeur souffre elle même  de dépression chronique. Des cinq enfants de la famille, seul son frère Andréas se marie, mais il meurt quelques semaines après son mariage.
L’atmosphère de la maison parentale est envahie par ces effets de la maladie, de la mort et de la tristesse dont Edvard Munch ne peut se défaire et qui restera toujours dans son oeuvre.

Après avoir étudié à l'école technique, Edvard Munch décide dès l’âge de 17 ans de se consacrer très sérieusement à l'art. Il étudie les anciens maîtres, suit les cours de dessin de nu à l'Ecole Royale.
En 1885, à l’issue d’un court séjour qu’il fait à Paris, il peint un tableau décisif pour lui "L’enfant malade " qui représente sa sœeur Sophie. Il travaillera beaucoup à ce tableau à la recherche de l’expression de sa tristesse et de sa douleur au travers la composition et les couleurs, afin de témoigner à la fois de sa peine et de l’amour qu’il ressent alors. Là il rompt avec le réalisme en renonçant à l'espace et à la forme plastique, pour une composition très laborieuse, élevant cette oeuvre sombre au rang d’une représentation religieuse.

Les oeuvres qui suivront sont moins provocantes et plus réalistes telles que "Inger sur la plage" ou "Le Printemps"  en 1889, et montrent l'aptitude que Munch peut développer dans la représentation d'atmosphère lyrique, dans la même veine que le néoromantisme de l'époque.

En 1889, il peint aussi le portrait de l'écrivain norvégien Hans Jæger qui marque un tournant dans sa vie en le mettant en contact avec un groupe anarchiste aux idées radicales et le conduit à une intense réflexion sur lui-même. "Chacun doit écrire sa vie"  dit-il.
C'est à cette époque que commence sa vaste production biographique qu'il reprendra à plusieurs moments de son existence. En accord avec les idées de Jæger, il veut retranscrire par une capture la plus proche et la plus fidèle possible les affres et les ennuis de la vie moderne : il veut  peindre sa propre vie.

À l'automne 1889, Edvard Munch a droit à une grande exposition de ses oeuvres à Christiana, où l'État lui accorde une bourse d'artiste. Il retourne en voyage à Paris, où il devient pour un moment l'élève de Léon Bonnat.Durant trois ans, résidant à St Cloud et à Neuilly, il s’implique dans la vie artistique de la capitale française et découvre les œeuvres de Van Gogh et de Gauguin.

Mais peu de temps après son arrivée à Paris, il reçoit la nouvelle de la mort de son père, ce qui le renvoie aux souvenirs des décès de sa sœeur et de sa mère, et le fait sombrer à nouveau dans la mélancolie extrême.
Le tableau "Nuit à St Cloud " peint en 1890 témoigne de cet accablement : "Je vis en compagnie de la mort… tous les souvenirs, les plus petites choses affleurent sans cesse " écrit-il . L'intérieur sombre avec la seule figure à la fenêtre est totalement dominée par les tons bleus, peints ton sur ton.
Il peint également une série de tableaux dans un style impressionniste et pointilliste, avec des sujets comme "La Rue LaFayette" à Paris, ou encore "La Rue Karl Johan"» de Christiana.

Mais ce qui intéresse surtout Munch, ce sont les impressions de l'âme, les expressions des tensions internes dues aux angoisses de la vie, et non les représentations superficielles des sens.
Durant l’été 1891, il peint "Jappe sur la plage ou Mélancolie" qui préfigure ce que sera son oeuvre majeure " Le Cri ", dans le cadre d’une vaste série qu‘il appellera "La Frise de la Vie" dans laquelle il veut décrire les forces auxquelles l’individu est confronté dans son existence : le plaisir, l’amour, la peur et la mort.
Lors de sa nouvelle exposition de l'automne 1891 à Christiana, Munch montre des oeuvres dans lesquelles dominent le sentiment de mélancolie et de désespoir avec une simplification et une stylisation utilisée inspirées de Gauguin.

Au sujet du "Cri " Edvard Munch écrira : "Je me promenais sur un sentier avec deux amis et le soleil se couchait. Tout d'un coup le ciel devint rouge sang Je me suis arrêté, fatigué, et je me suis appuyé sur une clôture Il y avait du sang et des langues de feu au-dessus du fjord bleu-noir et sur la ville Mes amis continuèrent leur chemin, et moi je suis resté sur place,immobilisé et tremblant d'anxiété. Je sentis alors un cri infini qui passa à travers l'univers".

Il peint ce tableau à Asgadstrand, une petite ville des alentours de Horten en Norvège. Le littoral très sinueux caractéristique de cette région, est un motif qui se retrouvera dans de nombreuses compositions de Munch.

À l'automne 1892, invité par le "Club d'Art de Berlin" (Berliner Kunstverein), Munch présente ses dernières oeuvres qui font scandale, car le public et les vieux peintres y voient comme une provocation anarchiste. L'exposition doit être fermée à cause de la protestation.
Mais Munch qui s'est ainsi fait un nom à Berlin, décide de s’y établir. Il côtoie des artistes et d'intellectuels où les scandinaves sont fortement représentés tels que l’écrivain August Strindberg, le danois Holger Drachmann et l'historien de l'art allemand Julius Meier-Gräfe.  Dans ce cercle, on y discute de la philosophie de Nietzsche, de politique, d'occultisme, de psychologie et de la sexualité.

En décembre 1893, Munch expose à nouveau et présente six peintures sous le titre " Étude en une série : l'Amour". On y retrouve des motifs comme "La tempête" , "Clair de lune " et " Nuit étoilée", où l'on peut sentir l'influence du peintre germano-suisse Arnold Böcklin. D'autres motifs éclairent le côté nocturne de l'amour, comme "Rose et Amélie " et " Vampire". Plusieurs tableaux ont la mort comme thème, et le plus marquant est " La mort dans la chambre de la malade ". Cette composition montre ce que doit Munch aux symbolistes français. Avec ses couleurs crues et blafardes, le tableau montre une scène fortement figée, comparable au tableau final d'une pièce d'Ibsen. La scène rappelle la mort de sa soeur Sophie, et toute la famille est représentée. La mourante, assise dans un fauteuil, est représentée de dos, mais attire le regard sur le personnage qui représente Munch lui-même.

L'année suivante, la "Frise de la Vie continue avec des tableaux comme "La peur", "Cendres", "Madonne", ou "Les trois âges de la femme ", un tableau monumental totalement dans l'esprit du symbolisme.

En 1896, Munch abandonne Berlin pour retourner à Paris, où séjournent notamment August Strindberg et Meier-Gräfe. Il se concentre de plus en plus sur les moyens graphiques, aux dépens de la peinture. Il réalise des lithographies en couleurs et des gravures sur bois. Il réalise deux affiches de programmes pour le "Peer Gynt " d’Henrik Ibsen et l'illustration partielle d’une édition des "Fleurs du Mal " de Baudelaire.

En 1899, Munch peint " La danse de la vie ", tableau qui peut être résumé comme une " monumentalisation" personnelle et audacieuse d’un nouveau style décoratif, puis une série de paysages du fjord de Christiana, études délicates et décoratives de la nature. Il peint "Les filles sur le pont ", tableau classique chargé d'émotions, pendant l'été 1901 à Asgardstrand , où il a acheté une petite maison.

En 1902, il présente " La Frise de la Vie" dans son intégralité à la Sécession Berlin. Une exposition qui suit à Prague influence de nombreux artistes tchèques. Les portraits, souvent en pied, prennent une place de plus en plus importante dans son oeuvre. Le portrait de groupe " Les quatre fils du Docteur Max Linde " (1904) compte parmi les plus grands chefs-d'œeuvre du portrait moderne.puis il peint une série de nouveaux tableaux, certains dans des formats plus grands, partiellement empreints de l'esthétique du Jugendstil.
Commence alors une période pour Munch faite d'expériences nouvelles. Un style décoratif et vif se manifeste, influencé par l'art des Nabis, et notamment par Maurice Denis.

En 1908, il peint "Maçons et ouvriers", qui est la première oeuvre d’une série qu’il consacre au monde du labeur et de l’industrie. Il retourne vivre en Norvège en 1909 et travaille aux études des peintures murales qui lui ont été commandées par l’Université, dont la fresque "Le Soleil" qui sera installée en 1916.
Les années qui suivent montrent l’intérêt d’Edvard Munch pour une certaine peinture réaliste représentant les hommes et leur travail :  "Les pelleteurs de neige"  en 1913, "Les ouvriers à la sortie de l’usine"   en 1915, "Le Bûcheron"  en 1915, puis "Labours de printemps" en 1916, lesquelles acheminent le peintre vers un expressionnisme de plus en plus marqué qui le rapproche de la peinture allemande.
Dans les années 1930 et 1940, les nazis jugent son oeuvre comme de "l’ art dégénéré " et retirent ses tableaux des musées allemands. Munch est profondément marqué par cette situation, lui qui est antifasciste et qui considérait l'Allemagne comme sa seconde patrie.

Le 23 janvier 1944, Edvard Munch meurt à Ekely. Il lègue à la municipalité d’Oslo, toutes ses oeuvres en sa possession, soit mille peintures, quinze mille  eaux fortes, lithographies et gravures et quatre mille aquarelles et dessins, ainsi que six sculptures.

Edvard Munch peut être considéré comme le pionnier de l'expressionnisme dans la peinture moderne. Il a ouvert ouvert une nouvelle époque artistique en Allemagne et en Europe centrale, avec une oeuvre mal connue, dont on est en train de reconnaître aujourd’hui en Europe et dans le monde, l’importance dans l’évolution de l’histoire de l’art moderne.
Les peintures les plus connues de Munch sont celles des années 1890, notamment "Le Cri ". Mais sa production plus tardive attire maintenant l'attention, et inspire de plus en plus les artistes contemporains, par la puissance qui est la sienne.

(LMDA )


                                                    

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