Plus de 200 oeuvres sont rassemblées dans cette très belle exposition rétrospective en
hommage à Gaston Chaisac ( 1910 -1964 ), qui fut à la fois dessinateur, peintre,
sculpteur et poète. Elle reprend l'intitulé que l'artiste lui-même se plaisait à
employer pour qualifier sa peinture : " rustique et moderne " et mettre en
exergue
les valeurs simples d'une vie qu'il préfère à la campagne pour tenter de maîtriser ses
excés de mélancolie et de pessimisme chroniques.
Le Musée de Grenoble a pu rassembler ainsi un certain nombre de dessins inédits, à
partir des premiers travaux de l'artiste en 1936 jusqu'aux collages de papiers peints et
aux derniers totems qu'il réalise en 1964 peu avant sa disparition.
Ainsi le parcours de l'exposition met en relief les principaux thèmes de Gaston Chaissac,
au travers la chronologie qui en est présentée de l'oeuvre, dont en particulier la
série des bouquets de fleurs, les dessins-écritures, les objets, les crucifixions, les
masques aux sourires, qui apparaissent comme autant de prétextes pour railler la comédie
de la vie sociale humaine, et de dire pour lui l'enchantement de ce qu'est la vie rurale
et simple.
" Mes préférences -dit-il , vont
demblée à la peinture rustique moderne. Peintre de village, je lui reste fidèle,
trop sûr de faire fausse route si je cherchais à peindre à la façon des artistes
peintres des capitales et sous-préfectures.
Nous autres les ruraux de 1946, nous navons plus les préjugés dhier,
nous avons évolué et pouvons sans crainte faire des créations à notre idée,
insouciants de ce quen penseront les bourgeois et dautres.
Dans nos campagnes désertes, rien ninterrompt la méditation si nécessaire
avant toute création artistique, et nous ne recevons que de bien faibles échos de ce
quon peint dans les cités prestigieuses.
Quant à la vie moins intellectuelle et plus saine qui est la nôtre, elle favorise
léclosion de nos créations. Nayant nul besoin du dessin et de la palette des
autres, oubliant lunivers et travaillant sans autre souci que de progresser
dune façon continue jusquà notre mort, les nouveautés nous appartiennent,
il ny a quà ramasser " (1946).
Gaston Chaissac est né en 1910 à Avallon, dans une famille
modeste, et d'un père cordonnier, qui abandonne très tôt le foyer. Rien ne le
prédestinait à devenir artiste, peintre et écrivain. De santé précaire, sans
diplôme, il avait décidé de faire le métier de son père, et se passionnait pour le
dessin tout en rêvant un jour de devenir écrivain.
En 1936, établi à Paris il rencontre par hasard le peintre
Otto Freundlich, qui l'encourage à dessiner. Atteint d'une tuberculose, entre 1938 et
1942, il erre dans différents sanatorium, tout en affirmant son langage esthétique au
travers les gouaches et les dessins qu'il réalise durant cette période :
éléments animaux végétaux, humains s'entremêlent dans des formes imbriquées
soulignées par un contour noir et dans des couleurs vives et contrastées .
Après avoir rencontré Albert Gleizes à St Rémy de Provence, ainsi que André Lhôte,
Aimé Maeght, et le sculpteur architecte André Bloc, il s'installe à la fin de 1942
avec sa jeune femme Camille Guibert dans un village en Vendée.
C'est dans un isolement total qu'il dessine et qu'il découvre la peinture à l'huile, en
travaillant sur de multiples supports et qu'il réalise cette "peinture rustique
moderne", selon ses propres mots.
Gaston Chaissac, de 1942 à 1950 entre
dans une période de recherches intenses, enthousiasmé et stimulé par les échanges
qu'il noue avec Jean Dubuffet . Il se sent très proche
de lui avec sa conception de l'"Art Brut". Pour Jean Dubuffet, il s'agit en
effet de peindre hors de tout référent culturel ou artistique, en rupture totale avec ce
qui s'est fait en peinture jusque là.
Gaston Chaissac y voit des coïncidences avec sa propre conception d'un art délivré de
la tradition, et d'un art rural et rustique opposé à l'art citadin et intellectuel.
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images/Chaissac19.jpg
Gaston Chaissac
" Bouquet Nouveau "
1944
Huile sur papier marouflé sur contreplaqué
65 x 50 cm
© Coll. Part. - © ADAGP

images/Chaissac9.jpg
Gaston Chaissac
" Le Samouraï "
1947 Gouache sur papier marouflé
65 x 50 cm
© Coll. Part. ©
ADAGP

Gaston Chaissac en 1952
par Robert Doisneau
© Musée de l'Abbaye Sainte Croix
Les Sables d'Olonne
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Son travail est à la fois proche de
lécriture automatique par lassemblage déléments totalement divers et
en même temps proche du dessin denfant par son aspect trés coloré et naïf.
Ainsi " Le Samouraï " de 1947 ou "Deux personnages sur fond gris", de
1949, sorganisent autour de la notion de masque, qui demeure un thème
récurrent dans son oeuvre. Les visages, sont des masques colorés qui sinscrivent
dans un fond vif.
La technique du traitement par aplats des couleurs renforce limpression
dun jeu de formes et préfigure ce que sera le travail abstrait de l'artiste
dans les années qui suivront et jusqu'à son dernier jour.
Ce "
Samouraï " dit-il à Jean Dubuffet est pour lui la parfaite concrétisation de
sa manière de travailler et de voir l'art.
Sur ces idées, ils réalisent ensemble une première
exposition d' "Art Brut" chez Drouin en 1949.
Mais à partir de la fin des années 50, les points de vue des deux peintres
divergent. Dubuffet considère l'Art Brut comme une forme d'expression de caractère
spontané et inventif en marge totale des standars de l'art et ayant pour auteur des
personnes hors des milieux artistiques.
Chaissac quant à lui, a noué des contacts avec Raymond Queneau, Jean Paulhan, et
Jakovsky. Le romancier vendéen Michel Ragon est l'un des premiers critiques d'art à
prendre son oeuvre au sérieux.
Il réalise des peintures murales éphémères, utilise des assemblages de matériaux
divers sur lesquels il peint, réalise des empreintes, des graffitis, des collages à
partir de dessins d'enfants.
De temps à autres apparaissent des visages, des
masques, parmi des motifs abstraits, mais aussi des séries avec de fleurs, des animaux,
des serpents.
Cette démarche différe en ce qu'elle est moins intellectuelle que celle de
Dubuffet : des objets de rebuts, des déchets, des pierres sont les supports de ses
oeuvres qui ne reste pas cantonnées dans le support ou le format de la toile.
Gaston Chaissac parvient à exposer une nouvelle fois en 1961 à la Galerie Iris Clerc,
protectrice des "Nouveaux Réalistes", laquelle trouve dans ses assemblages
d'objets et dans ses cailloux peints un lien de parenté avec sa perception d'un art
nouveau
Dans les années qui suivent, jusqu'à sa mort en 1964 à La
Roche-sur-Yon, Chaissac se consacrear à la réalisation de collages de papier de
tapisseries découpés en de vastes compositions avec ou sans personnages.
Mais il faudra attendre dix ans pour que le Musée National d'Art Moderne organise
enfin en en 1973 une première exposition de ses oeuvres et qu'il soit reconnu pour un
artiste à part entière.
Musée
de Grenoble
Voir Dossier Gaston
Chaissac
( LMDA)
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