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A l’occasion du dixième anniversaire de la mort du
peintre Balthus (1908-2001), et en hommage aux années que l’artiste aura
passé dans le Morvan, le Musée Rolin d’Autun en Bourgogne présente une
exposition d’une soixantaine de ses dessins, croquis, lithographies, études
et esquisses, dont certains sont inédits et inconnus du grand public.
De son vrai nom Balthasar Klossowski
de Rola, Balthus est né à Paris le 29 février 1908, dans une famille
d'origine polonaise liée aux milieux artistiques et littéraires et passe sa
jeunesse entre les villes de Berlin, Berne, Genève et Paris et ses vacances
d'été au Beatenberg, dans la région du lac de Thoune, en Suisse, entre les
années 1917 et 1927.
Il s'intéresse très tôt au dessin et à la peinture.
Totalement autodidacte, il réalise dès l'âge de 12 ans une série de dessins,
et en publie un livre, encouragé par Rainer Maria Rilke, un ami de sa mère,
préfacé par le poète, et édité en 1921, sous le titre "Mitsou le Chat".
C'est en 1924, qu'avec sa mère Baladine Klossowska, et sa famille liée à
André Gide, André Derain et Pierre Bonnard qu'il vient alors s'établir à
Paris où il restera jusqu'en 1954.
Paris, alors qu'il n'a que seize
ans, est pour lui une ville d'un certain mystère, d'une étrangeté, d'une
lumière particulière, avec des lieux, des personnages, des odeurs qui
l'envoûtent et lui procure une sensation pénétrante de mélancolie,
l'impression d'une certaine solitude et d'une absence existentielle, qui
l'inspirent et dont il imprègnera ses premiers tableaux. Il écoute bien sûr
les conseils qu' André Derain et Pierre Bonnard lui prodiguent, mais il se
passionne aussi pour Nicolas Poussin, dont il s'exerce à copier les oeuvres
au Louvre, telle que le fameux "Echo et Narcisse". Il est nostalgique de
l'art du grand maître, mais aussi des personnages de Piero della Francesca
ou de Masaccio et l'admirateur de Gustave Courbet.
Son "Jardin du Luxembourg" qu'il
peint en 1927, où il figure des jeux d'enfants, révèle déjà cette étrangeté
de la lumière, des couleurs et de l'attitude des personnages à laquelle il
s'attache. "Le café de l'Odéon" en 1928 et "Les Quais" qu'il réalise en
1929, confirment cette vision énigmatique de la ville et de la solitude des
êtres dans leur activité absente.
Une toile qu'il peint en 1929, et
qu'il intitule "La Rue" illustre l'atmosphère de la Rue Bourbon le Château,
à l'angle de la Rue de l'Echaudé. Un personnage main sur le coeur se dirige
le regard absent vers le spectateur au milieu d'une rue baignée d'une
lumière sépia, tandis que s'activent des passants qui semblent enfermés dans
leur pensée ou dans leur destin.
Dès le début des années trente, il
peint des portraits de jeunes filles, des groupes de figures et des paysages
de la ville et quelquefois de la campagne, qui forment de grandes
compositions, mais il en revient au thème de "La Rue" avec cette autre
composition peinte en 1933, et qu'il montre pour sa première exposition à la
Galerie Pierre en 1934. Celle
ci fait scandale, le révèle, et le fait connaître d'André Breton et de Jean
Paul Sartre. Cette toile représente une rue dans laquelle des personnages
évoluent avec leurs regards fixes et hypnotiques comme des automates, dans
une existence séparée du monde.
Il s'agit de la même rue que celle qu'il avait peint en
1929, et en partie des mêmes personnages absorbés par leur silence
intérieur. Seuls des enfants donnent un semblant d'animation à cette toile
figée : l'un semble montrer son intérêt pour le jeu d'une balle écrasée sur
le sol, tandis qu'un garçon aux yeux fermés saisit le main d'une adolescente
dans un jeu où transparaît l'attrait d'une sexualité naissante.
Balthus manifeste dans cette toile
cette indépendance qui l'opposera toujours au surréalisme qu'il considéra
toujours être "une faillite de l'art ". Résolument figuratif, ses tableaux
au fil des années représentent plus volontiers des scènes à la fois
intimistes, insolites et érotiques, dans lesquelles, des jeunes filles, ou
des personnages évoluent dans cette absence constante, repliée sur soi, et
une pensée à la proie au rêve, au cauchemar ou à l' inconscient.
"Alice dans le
miroir" en 1933, représente une jeune fille aux yeux aveugles, ignorant le
regard de l'autre posé sur sa nudité innocente, ainsi que le portrait qu'il
intitule "André Derain" en 1936, révèlent aussi que finalement, ce ne sont
pas les êtres, ni les choses que Balthus peint, mais davantage, les rapports
d'absences et de silences qui les lient, comme une dissolution tragique de
la communication. Ce que l'on croit comprendre avec Balthus, c'est que tout
individu est seul au monde.
"Thérèse Rêvant " en 1938, ou " Les Beaux Jours " en
1944, ou encore " Deux jeunes filles " en 1949 transcrivent une dimension
supplémentaire dans l'oeuvre de Balthus. Il y a sans doute de l'érotisme
dans ces toiles, mais l'abandon de ces jeunes filles dans le sommeil ou dans
le miroir traduisent essentiellement la fuite et l'éloignement du monde,
l'abandon à un bonheur perdu et inconnu que procure le rêve. Le symbolisme
s'exprime dans la traduction d'un bonheur qui est là en soi, davantage qu'il
n'est avec les autres. Il figure une quête nostalgique de paradis perdus
dans le passé des rêves ou de l'enfance.
"Le Passage du Commerce Saint André"
et par opposition "La Chambre" qu'il peint la même année en 1952, confirment
cette démarche intellectuelle et quasi existentialiste de sa peinture.
L'instant, la lenteur, le silence, la solitude, l'absence, le dérisoire
dépeignent le théâtre du monde où le dedans s'éprouve dans le dehors. Ses
composition méticuleusement travaillées, laissent la place à un sensation de
vie entre la veille et le sommeil, comme l'expression de l'instant suspendu
qui fige l'action dans son déroulement.
Là où beaucoup ne voyaient, qu'une
peinture traditionnelle chez Balthus dominée par la gamme de couleurs ocres
et terres, Antonin Artaud qui l'avait rencontré dès 1934, y voyait une
"peinture de tremblement de terre ... Sous un calme factice, cette peinture
tellurique sent la peste, la tempête et les épidémies", disait -il , et il
reconnaissait en Balthus l'un des ses adeptes de son théâtre de la cruauté.
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Balthus :
" Les Hauts de Hurlevent "
Lithographie
56 x 76 cm
© Coll. Part.

Balthus :
" Setsuko "
Lithographie
56 x 76 cm
© Coll. Part.

Balthus
par Henri Cartier - Bresson
© Coll.Part.
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A partir des années 1950, la gamme
de ses couleurs semble s'éclaircir à la faveur peut-être de son départ de
Paris, pour aller vivre dans le Morvan à Chassy en 1954, et y retrouver peut
être le contact avec la nature qu'il avait connu durant sa jeunesse lors de
ses voyages en Suisse. On
retrouve des oppositions de couleurs bleu et jaune et le vert et rouge, déjà
vues quelquefois comme dans "Le Ceriser" en 1942 ou dans "Jeune fille en
vert et rouge" en 1944, ou encore dans "La Partie de Cartes" en 1948, mais
qui se développent pour donner des impressions d'automnes ensoleillés que
traduisent si bien les paysages et la vie à Chassy tel que dans "Jeune Fille
à la Fenêtre "en 1955.
En 1956, le Museum d'Art Moderne de New York organise
une rétrospective de son oeuvre qui lui permet d'être dès lors totalement
reconnu en opposition avec le développement de la peinture abstraite, et
maître d'un retour attendu à l'expression figurative.
L'oeuvre du peintre, pour lui, comme l'expliquera son
biographe Jean Clair, "c'est de refuser la boue", ainsi que le lui avait
enseigné Rilke. "C'est tourner le dos à ce qui, dans l'art de notre époque,
en croyant exprimer sa singularité, tire en fait l'être en arrière, et le
ramène au magma". Loin des
modes, ne disait-il pas de lui même : "Je suis né dans ce siècle, mais
j'appartiens bien davantage au XIXème siècle".
D'abord marié en premières noces à
Antoinette Von Wattenwyl qui lui avait donné deux enfants, Stachou et
Thadée, Balthus épouse en octobre 1967 Setsuko Ideta, dont il a une fille,
Harumi. Considéré à cette
époque comme l'un des plus grands peintres réalistes de son temps, il prend
la direction de la Villa Médicis à Rome, en 1971 par le souhait de son ami,
le ministre André Malraux, et ce jusqu'en 1977 .
C'est alors qu'il se retire en
Suisse dans son chalet vaudois de La Rossinière pour continuer à peindre de
nombreux paysages ainsi que des scènes intimistes, tel que " Nu Assoupi " en
1980. La réputation de Balthus
va dès lors grandissant à partir de 1984, lors des grandes rétrospectives de
Paris et New York, mais aussi par de régulières et importantes expositions
au travers le monde jusqu'à être l'un des rares artistes à avoir été exposé
au Louvre de son vivant.
Il avait été aussi l'ami de Miró, dont il avait fait le
portrait en 1938, et avait été l'illustrateur par ailleurs de certains
ouvrages littéraires tel que " Les Hauts de Hurlevent " pour une édition de
1935. Il avait aussi réalisé les décors de théâtre pour "La Peste " d'Albert
Camus en 1949, ainsi que ceux de 'L'Ile aux Chèvres " d'Ugo Betti en 1952.
Décédé dans son Chalet de La
Rossinière en pays de Vaud en Suisse le 18 février 2001, il a laissa
derrière lui une oeuvre totalement singulière de plus de 350 peintures
connues à ce jour, de plus d'un millier de dessins et d'une cinquantaine de
carnets de croquis.
Balthus ne se considérait pas comme
un artiste mais comme "un travailleur", il disait l'"Art est un métier".
"Depuis longtemps , la notion d'avant garde en peinture ne signifie plus
rien. Les faux amateurs d'art, les spéculateurs achètent ce qu'ils ne savent
pas déchiffrer, de peur de rater le coche. C'est le grand malentendu de
l'art moderne. Ce phénomène a favorisé l'éclosion de la dictature de la non
figuration, à laquelle s'opposent les dictatures expressionniste,
surréaliste, minimaliste, non moins repoussantes et tout aussi prometteuses
de réveils désagréables...Quand je peins, je n'essaie pas de m'exprimer,
mais plutôt d'exprimer le monde" disait- il, (à Véronique Prat en février
1998 dans une interview au journal Le Figaro).
Musée Rolin - Autun
( LMDA)
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