Gustav Adolf Mossa (1883-1971) est considéré aujourd'hui
comme le dernier grand peintre symboliste français. Son oeuvre déjà reconnue avant la
Première Guerre mondiale, avait été ensuite occultée volontairement par lartiste
lui-même.
En effet, Gustav Adolf Mossa, qui vécut toute sa vie à Nice où il était né le 28
janvier 1883, se consacra essentiellement à sa fonction de conservateur du Musée des
Beaux-Arts de Nice, où son uvre symboliste et sulfureuse fut cachée, avant d'être
redécouverte dans les réserves après sa mort en 1971.
Cette exposition pour le 125ème anniversaire de sa naissance, propose ainsi de
redécouvrir le travail de ce grand peintre dont l'oeuvre surgit à la veille de la
naissance du Fauvisme, peu de temps après la mort de Gustave Moreau. Les références
littéraires hantent toute l'oeuvre de Mossa, lequel visitera tout au long de son oeuvre
les grands textes fondateurs de la littérature occidentale, depuis les récits
judéo-chrétiens et la mythologie gréco-romaine, jusqu'aux textes modernes depuis
Shakespeare jusqu'à Baudelaire, Huysmans ou Théophile Gautier, en réactualisant les
figures mythiques de ces oeuvres littéraires dans le contexte contemporain des années
1900.
Ainsi dans la mythologie grecque, Eros est le dieu de lAmour , tandis que Thanatos
est la personnification de la Mort. Mossa explore lérotisme, dans un contexte au
début de la Première Guerre où Thanatos prend le pas sur Eros.
Avec lexpérience traumatisante du conflit mondial, son oeuvre évolue du symbolisme
vers lallégorie, au travers l'omniprésence de la femme présentée sous
lapparence de la femme fatale et castratrice à la fois ange et démon.
Son uvre cristallise le conflit perpétuel des pulsions de vie et de mort. Il
explore son inconscient bien avant que Sigmund Freud, le fondateur de la psychanalyse, ne
développe ce thème. Il sintéresse à la guerre permanente qui gère les relations
humaines, et plus particulièrement celles qui existent, comme latentes entre lhomme
et la femme. A lidentique des oeuvres de Félicien Rops, le peintre symboliste
belge, nombreuses sont les uvres de Gustav Adolf Mossa qui apparaissent encore
provocantes de nos jours.
Lexposition se déroule selon un parcours de sept
salles, chacune dédiée à une thématique.
La première salle est ainsi consacrée à la mythologie grecque avec "Monstres,
démons et ftus ", qui permet de voir comment Mossa replace dans le contexte de
son temps des créatures hybrides telles que les muses, les sphinges, les harpies et les
sirènes en se référant à Sophocle, Hésiode, Ovide.
Dans la deuxième salle intitulée" Salomé", ce sont les oeuvres
d'inspiration judéo chrétienne qui sont présentées, tel son " Christus "
androgyne de 1907, représenté avec un maquillage très prononcé.
Dans la salle "Thèmes baudelairiens " apparaît la dimension décadente et
critique à l'égard des représentations de la société bourgeoise, tout en s'inspirant
de certains thèmes wagnériens, par exemple avec " Vénusberg " de 1907, que
l'on peut directement associer au thème de " Tannhaüser ".
Suivent ensuite les salles " Elle, Lui et Eros " et " Amour vénal et
cruauté " mettant en relief le thème du faire-valoir de la femme, et celui de
la prostitution.
La salle " Profanation décadente et la parodie " présente une partie de la
dimension subversive de l'oeuvre de Mossa, dans laquelle son attrait pour la profanation
du sacré se déploie jusqu'à la provocation, ainsi dans la série d'aquarelles
parodiques intitulée " La Vie de Jésus Christ" où est désacralisée la
présentation du Christ à la manière des décadents ou alors avec "Sacrilège"
qui représente un banquier, accompagné dune jeune diaconesse, qui donne
lhostie au dragon du reliquaire de Sainte Marguerite au cours d'une messe noire.
Enfin pour terminer "Pierrot et les masques" qui en référence à Barbey
D'Aurevilly et à ses " Diaboliques " parues en 1874, met en scène le
sang humain, s'écoulant de quelques blessures, comme dans "Pierrot s'en va " ou
" Elle ", ce liquide qui signifie à la fois, la vie et la mort. Il étudie
également dans cette démarche le rôle et lusage des masques et du
maquillage, pour symboliser le double, la duplicité, les fausses postures.
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Gustav Adolf Mossa :
" Pierrot s'en va "
Huile sur toile 80 x 65 - 1906
© Musée des Beaux-Arts de Nice
© ADAGP

Gustav Adolf Mossa :
" Elle "
Huile sur toile 80 x 63 - 1905
© Musée des Beaux-Arts de Nice
© ADAGP
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