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Aucune grande exposition de ce grand artiste du
XXème siècle que fut Piet Mondrian n’avait été organisée à Paris depuis
l'exposition du Musée de l’Orangerie en 1969, avec la dernière retrospective
présentée par le Musée d’Orsay au Printemps 2002.
Le mouvement De Stijl en Hollande, signifiant " Le Style ",des années 1917 à 1928 a en effet constitué un mouvement
fondamental dans l'art du XXème siècle en voulant donner un sens nouveau aux
arts avec le but de quitter la sphère du figuratif et de rendre aux
formes et aux couleurs leur pureté dans leur expression première.
Ses fondateurs, que furent Piet Mondrian, Theo Van Doesburg et Gerrit
Rietveld, publient en 1918 une revue d'avant garde afin de
diffuser leur conception esthétique, et leur vision de l'art dont le
principe est que celui-ci doit s'inscrire dans la vie sociale de leur
époque. Ils en appellent ainsi à un équilibre entre l'individu et le
monde pour libérer l'art des contraintes de la vie contemporaine et du
culte de l'individualisme replié sur lui-même. Il s'agit pour eux,
au lendemain de la première guerre mondiale, de trouver un langage universel
au travers une vision à la fois critique et utopique de la réalité du monde
industriel, dont les influences prennent en partie source dans le mouvement
théosophique hollandais de cette époque.
La peinture et le dessin, la sculpture et
l'architecture, la décoration et le mobilier, et enfin l'urbanisme
avec des peintres
tels que Van der Leck, Vantongerloo, Huszar, des architectes tels que Oud,
Vant Hoff et Wils, le poète Anthony Kok, le graphiste Piet Zwart et
l'urbaniste Cornelis Van Eesteren, autour de Piet Mondrian, Theo Van
Doesburg et Gerrit Rietveld, conduisent ensemble à l'expérimentation
d'un décloissonnement des différentes expressions artistiques dans le but
d'introduire l'art dans le quotidien de la vie sociale des individus, au
coeur de leur activité et dans leur environnement rural ou urbain. A ce
titre il s'agit de créer et de mettre en oeuvre un nouvel ordre dans
la société reposant sur la recherche d'une harmonie universelle entre les
hommes au travers les multiples disciplines de la créativité plastique,
picturale, architecturale et urbanistique. Dans
ce contexte l'oeuvre d'art devient une force de construction pour la
société et l'environnement , une force d'action dans l'organisation sociale
et politique de la ville. Elle réorganise l'agencement du monde et rend
possible l'équilibre entre l'individu et la collectivité, entre la
connaissance et l'action, entre le rationnel et le sensible, entre le
spirituel et le matériel.
Piet Mondrian (1872 - 1944) lui même était entré
auparavant à l'Académie Nationale des Beaux-Arts d'Amsterdam en 1892. Il
avait subit
d'abord l'influence de l'Ecole de La Haye, en travaillant la forme, le style, la lumière
et l'espace par des oeuvres naturalistes et des paysages académiques, tel
son tableau
"Au Stadhouderskade d' Amsterdam " peint en 1898, représentant dans des
tonalités bleues et grises les bords d'un canal .
Il est alors un peintre réaliste très soucieux de représenter la réalité
et la nature dans tous ses aspects, car c'est elle qui permet l'accés aux révélations spirituelles et aux "vérités
supérieures", selon une pensée traditionnelle liée au protestantisme. Natures
mortes et paysages de campagne sont ses sujets dominants. Mais il construit à partir de
1897, des oeuvres faites de lignes claires, par l'utilisation qu'il developpe du crayon
noir, de l'aquarelle, de la gouache, dans des dominantes bleues, grises ou brunes, dans
des oeuvres souvent mélancoliques.
A
partir de 1904, sa peinture change et les paysages laissent la place à des scènes
d'intérieurs avec l'abandon des tonalités nuancées au profit de longs aplats de
couleurs. Sous l'influence de peintres tels que Cornelius Spoor, Jan Sluyters ou Jan
Toorop, il se tourne progressivement vers le fauvisme comme en témoigne des oeuvres
telles que "Le nuage rouge" de 1907, "Moulin dans la clarté du soleil
"en 1908, ou encore "Dévotion", "Crépuscule", "L'arbre
bleu". Mais il s'interresse aussi au divisionnisme de Signac, dans des oeuvres telles
que "Dunes", ou à un certain expressionnisme de Van Gogh dans une oeuvre
telle que " Le Pommier en bleu".
Il poursuit également une réflexion
philosophique sur le rôle de l'artiste, avec la quête déterminante d'une permanence et d'
un universel, en
considèrant que l'artiste doit saisir l'essence des choses, et s'échapper du matérialisme
qui conduit à la simple retranscription ou imitation de la nature,
dans les limites de la perception.
Ainsi après des toiles qui célèbrent la couleur, apparaissent des uvres dans lesquelles
Mondrian explore avant tout les lignes. "Phare à Westkapelle" réalisé en 1910
fait entrevoir la direction que Mondrian prendra ensuite. «Je trouve vraiment que la
grande ligne est l'élément primordial dans une chose, c'est ensuite que vient la
couleur», dit-il.
Adepte de théosophie, il s'engage alors dans des compositions fondées sur l'ésotérisme et la
spiritualité tel que dans l'énigmatique triptyque " Evolution" qu'il peint en
1910, lequel représente l'évolution de la femme entre la réalité matérielle vers la
vérité mystique. Car Mondrian cherche à faire de sa peinture un langage universel, dont
il considère qu'elle doit rendre compte des réalités essentielles au-delà des
apparences sensibles.
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Piet Mondrian
" Nature morte au pot de gingembre II "
1912
Huile sur toile: 91,5 x 120 cm
© Gemeentemuseum - La Haye

Piet Mondrian
© Coll.Part.

Piet Mondrian dans son atelier en 1926 © Centre Georges Pompidou
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Lors d'une exposition à Amsterdam, en 1912, il découvre le cubisme. Il décide alors de
s'installer à Paris pour rejoindre le groupe des peintres "cubistes", période parisienne, entre 1912 et 1914,
où il passe d'un cubisme figuratif
à un cubisme plus abstrait dans lequel les objets perdent leur fonction figurative pour
un ensemble de lignes formelles horizontales et verticales, mêlées aux couleurs primaires
dans un espace à deux dimensions.
ll poursuit l'exploration de ces
thèmes, comme les arbres et les façades d'immeubles, comme sujets, tels
"Pommier en fleur " , en 1912, et "Composition ovale en plans de couleurs"
en 1914. Il écrira plus tard :"Je sentis que seuls
les cubistes avaient découvert le bon chemin, et pendant longtemps, je fus très
influencé par eux ...Mais peu à peu, je me suis rendu compte que le cubisme
n’acceptait pas les conséquences logiques de ses propres découvertes."
En 1914, il retourne aux
Pays-Bas au chevet de son
père mais est contraint d’y rester deux ans à cause de la guerre, et
ne peut revenir à Paris.
Il travaille alors sur l’opposition des éléments et la combinaison des
notations géométriques (les signes plus et moins représentant
la mer) au travers des oeuvres telles que "Jetée et océan"en 1915 ou
"Composition " en 1916. En 1917, "Composition avec lignes noires" est le
point d’aboutissement de cette recherche de l’abstraction.
"Tout se compose par relation et réciprocité.
La couleur n'existe que par l'autre couleur, la dimension par l'autre
dimension, il n'y a de position que par opposition à une autre position. »
Le tableau est ouvert et apparaît comme un fragment
d'un ensemble plus vaste, portant vers un monde de métaphores.
De retour à Paris en 1919, il se tourne vers le néoplasticisme qu’il
nomme " principe général de l’équivalence plastique ".
Le néoplasticisme est un monde exact qui lie l'ordre pictural à une utopie
sociale, spirituelle et poétique. Parallèlement, il écrit des
textes présentant une société future équilibrée où chaque élément trouve sa
justification dans une utopie architecturale, basée sur une fusion
généralisée des fonctions des bâtiments dans la
ville, des magasins et des maisons avec les rues, des rues avec les
quartiers …Il connaît alors une renommée internationale, car il est
considéré comme l' inventeur d'une forme d'art "universelle".
Mondrian
participera dès lors à toutes les manifestations de l’avant-garde européenne
et en particulier aux groupes " Cercle et Carré " en 1929, puis
à " Abstraction-Création " en 1931. Il poursuit ses recherches sur le
néoplasticisme, intègre dans ses compositions la notion de rythme après sa
découverte du jazz, puis accentue le rôle de la couleur, notamment à partir
de 1940 quand il s’installe à New York , ainsi dans "New York City I" en
1942. A sa mort, atteint d'une pneumonie, le 1er février 1944, il laisse
inachevé le "Victory Boogie Woogie" composé d'une quadrature de petits
carrés rouges, jaunes et bleus.
Centre Georges Pompidou
(LMDA) |