Cette rétrospective exceptionnelle du Musée Rodin consacrée à
l'oeuvre de Camille Claudel ( 1864 -1943 ) se démarque des nombreuses expositions qui se
sont succédées dernièrement tant à l'étranger qu'en France, dans le sens où
elle rassemble l'essentiel des travaux de l'artiste avec la présence de plus de 80
sculptures en marbre, onyx, terre cuite, plâtre ou bronze.
Ainsi à côté des oeuvres de la collection de Madame Reine-Marie Paris, la petite-nièce
de lartiste, dautres ont été prêtées par des collectionneurs privés et
des musées pour complèter cette exposition, qui rassemble presque toutes ses sculptures
ainsi que des oeuvres présentées pour la première fois telles que le plâtre de "
La Niobide blessée" en provenance du Musée Bejaia en Algérie, ou encore des
petites études en terre cuite provenant des collections internes du Musée Rodin et
attribuées dernièrement à Camille Claudel elle même . Une dizaine de dessins et
gravures de l'artiste complètent cette présentation ainsi que certains documents
photographiques d'époque, et divers éléments de sa correspondance avec Auguste Rodin .
Dès sa jeune enfance, Camille Claudel, soeur
aînée de Paul Claudel, pétrissait déjà l'argile dans la maison de ses parents à
Fère en Tardenois, et ses premières figurines datent de son adolescence.
Conseillée d'abord par le sculpteur Alfred Boucher, dont elle fut d'abord l'élève, elle
entre ensuite dans latelier d' Auguste Rodin à lâge de 20 ans, en 1884.
Elle suit ses cours assidûment, devient peu à peu sa collaboratrice, sa
confidente, et sa compagne.
Elle passe plusieurs années à apprendre et à partager la vie de Rodin et l'on sait
comment l'influence de celui-ci a largement marqué ses travaux. Mais ce que l'on souligne
peu, c'est que l'inverse a également été vrai, que l'élève a influencé le maître,
à un point qu'il est parfois peu aisé de déterminer le travail qui fut celui de l'un ou
celui de l'autre, comme en témoignent ces études en terre cuite qui lui ont été
dernièrement attribuées.Cette exposition souligne ainsi l'incroyable puissance
créatrice de l'artiste et rend hommage à une femme dont la destinée a suscité
très tardivement une véritable fascination au travers de nombreuses expositions, livres,
catalogues, films et pièces.
Car longtemps considérée comme une simple élève de passage de Rodin elle fût
réellement un véritable génie créateur. Inspiratrice, modèle, confidente, et
maîtresse, elle fut une artiste sans concession, dont on admet aujourd'hui
que son travail aura été longtemps occulté par la gloire de son maître, et par une
passion qui l'aura conduit à la solitude obsessionnelle, à la névrose, au délire de
persécution et finalement à l'asile, au point de devenir une artiste maudite, et de
tomber dans l'oubli durant de nombreuses années.
Séparée de Rodin, à partir de l'année 1893, elle choisit
alors définitivement de s'isoler dans une solitude passionnelle .Dans son atelier de la
Rue de Turenne, elle travaille avec ardeur modelant ses sujets avec toute la puissance de
sa spontanéité, de sa vérité, sans artifice, mais, avec toute lémotion de la
pureté et la volupté du mouvement. Jusquà lemprise tragique de la maladie,
qui l'amène à créer avec acharnement un ensemble de sculptures exceptionnelles. |

Camille Claudel
"La valse"
Bronze 1895
© Coll. part.
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