L'objet de cette exposition est de reconstituer autour de la figure de Egon Schiele, le
climat culturel de Vienne, dans les premières années du XXème siècle, depuis la
fondation de la Sécession, en traversant les tendances expressionnistes de
génération suivante jusqu'en 1918, années qui seront marquées par la fin de la
Première Guerre mondiale et le la mort de Klimt et de Schiele.
En provenance du Musée Leopold à Vienne, les 40 tableaux les plus significatifs et les
travaux sur papier de l'artiste ont été réunis, ainsi que quelques chefs-d'oeuvre des
peintres de sa génération tels que Klimt, Kokoschka, Gerstl, Moser et de nombreux autres
acteurs de l'expressionnisme autrichien de l'époque.
Egon Schiele est né en 1890 à Tulln, dans une petite ville proche de Vienne en
Autriche. Dès l'enfance il exprime un réel talent pour le dessin. Son père, qui
exerce le métier de chef de gare l'encourage dans cette voie, mais atteint d'une
maladie mentale, il meurt en 1905.
Ce décès précoce ternit la jeunesse de Egon Schiele, et lui procure une vision du monde qui dès lors sera
souvent sombre et torturée.
Il décide contre l'avis de son tuteur Leopold Czihaczck, de poursuivre le dessin et
d'entrer à l'Académie des Beaux-Arts de Vienne. Mais il trouve que l'enseignement y est
beaucoup trop académique, et il quitte les Beaux Arts en 1909 pour créer avec ses amis
le "Seukunstgruppe" ( Le Groupe pour le Nouvel Art).
Ses premiers travaux s'inspirent de l' impressionisme, mais très
vite, il est attiré par la Sécession Viennoise. Son travail est alors très marqué
par les travaux de Gustav Klimt. Mais d'autres influences telles que celles de Van Gogh,
de Hodler, et de Georges Minne jouent aussi un rôle essentiel dans l'évolution et la
construction de son style. ll peint des portraits, car ils sont pour lui à l'époque une
activité lucrative.
L' une des oeuvres qui marque alors un tournant dans l'évolution de son travail pictural
est le "Portrait de Gerti Schiele ", sa soeur, qu'il peint en 1909 . Il la
représente sur un fond vide, monochrome et uniforme. Cette mise en valeur du sujet sur
des fonds monochromes sera l'une des caractéristiques de son style et marquera
beaucoup d'oeuvres qu'il réalisera par la suite.
C'est à
partir des années 1910 qu'il commence donc à affirmer ce style plus personnel
caractérisé par le dépouillement de la forme, la sobriété du contenu, l'utilisation
d' arrière plans sans ornement, sur lequel le personnage ou le sujet se détache. De
plus, Schiele attache un très grande importance aux autoportraits. Il ne cherche pas à
représenter sa condition sociale ni son état émotionnel, mais il cherche à transcrire
l'intériorité angoissée du moi, par les positions excentriques du corps ou des mains
qu'il peint. Ces positions non conventionnelles, les poses extrêmes,les traits déformés
et grimaçants, créent une distance avec le spectateur et lui cause une gêne, voire une
tension.
Egon Schiele dessine vite. Il a
un "coup de crayon", qui constitue une caractéristique à part entière de son
art. Pour lui, le dessin a une valeur pour son côté allusif, immédiat,spontané,
inachevé. La coloration des dessins ne sert qu'à renforcer l' expression
qu'il veut donner au sujet. Mais il évoluera progressivement en donnant aux parties
arrondies du corps des formes anguleuses soulignées de traits fins, et précis. Il lui arrivera parfois de ne pas achever le dessin, de ne pas
traiter le sujet jusqu'au bout, et de laisser le tableau inachevé.
Egon Schiele enferme ses sujets dans des contours soulignés et bien
visibles. Ses coloris sont les tons bruns, rouges, noirs et verts qui amplifient l'aspect
dérangeant et inquiétant de ses peintures. La pâleur des chairs invoquent la mort.
Cette manière d'utiliser les couleurs accentue la force expressive, et froide des
compositions.
Dans son oeuvre, le nu occupe
une place très importante. Il est en effet fasciné par le corps humain, par sa
précarité et par les pulsions dont il est l'objet. Le corps de la femme l'inspire et il
peint au cours des années des toiles dont les modèles prennent des positions de plus en
plus provoquantes. Les personnages sont souvent dans des poses figées, sans
expressivité, mais remplies d'angoisse. C'est ainsi que le nu érotique et obcène a une
place importante chez Schiele, qu'il représente le sexe masculin ou féminin, c'est
toujours de manière univoque.
Schiele donne aussi aux mains une grande importance. La main, et le geste sont
généralement très expressifs et prennent aussi des poses particulières, voire
énigmatiques qui influencent profondément le caractère du tableau, ou sa signification.
Les mains, tout comme les visages semblent être pour Egon Schiele non pas des moyens de
communiquer au sens habituel, mais des moyens d'exprimer son être profond en dehors de
toute convention sociale.
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Egon Schiele
"Jeune Femme demi nue allongée "
1911
© Albertina - Vienne

Egon Schiele
"Femme assise à la jambe
repliée",
1917
Craie noire et gouache (détail)
© National Gallery
Prague
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La signature elle même de l'artiste prend un sens dans ses tableaux. Il accorde beaucoup
d'importance à la composition de celle ci où il indique son prénom, son nom et la date
sous une forme close, comme un cachet d'authentification. Selon les toiles, il appose
parfois une ou plusieurs signatures, signifiant en cela celles qui étaient plus
importantes pour lui. D'autres ne sont pas signées, sans doute pour mettre en évidence
leur côté inachevé qu'il leur accorde. Sur certains dessins, la signature est placée
à l'inverse du sens du dessin pour la lire, pour créer la distance par rapport à ce que
l'on voit.
L'originalité totale d'Egon Schiele est finalement qu'il fait du corps
humain un puissant support de l'expressivité.
Au cours de l'année 1910, il peint un grand nombre de nus expressifs.ll quitte Krumau en
1911 et s'établit à Neulenbach pour vivre avec son modèle Valérie Neuziel, dite Wally.
En 1912, à la suite d'une comdamnation pour distribution de dessins immoraux, il se voit
confisquer quelques-uns uns de ses dessins érotiques, et fait trois jours de prison à la
suite du procès de Sankt Polten.
Son sentiment d'injustice et de
révolte grandit : il réalise un certain nombre de dessins érotiques de plus en plus
provoquants. Sa révolte contre la société est exacerbée et trouve son expression dans
un certain nombre d'oeuvres comme par exemple "Le Cardinal et la Nonne" ou dans
des autoportraits où il se peint en une victime incomprise.
Egon
Schiele et Valérie Neuziel
son modèle et son amie depuis 1911 se séparent en 1915. Le 17 juin de la même année,
il épouse Edith Harms. Il est peu après mobilisé à Prague puis à Vienne.
L'art de Schiele évolue et semble devenir plus équilibré : les thèmes ne sont plus les
mêmes, les corps sont moins torturés et moins fragiles. Il peint en 1918 un tableau
intitulé " La Famille" qui caractérise particulièrement cette évolution
Cette année là, son uvre connaît un véritable succès à l'exposition de la
Sécession Viennoise. La plupart des tableaux qui y sont exposés sont vendus.
Quelques mois plus tard , le 28 octobre sa femme meurt de la grippe espagnole et lui même
succombe de la même maladie trois jours plus tard, le 31 octobre 1918.
Palazzo Reale - Milan
Dossier
Egon Schiele
(LMDA) |