Cette superbe rétrospective de la Fondation Pierre
Gianadda consacrée à Balthus, de son vrai nom Balthasar Klossowski de Rola (1908 - 2001), à l'occasion du centenaire de sa
naissance, invite le visiteur à un parcours au travers toute l'oeuvre de l'artiste,
depuis les premières périodes et sur ses principaux sujets de prédilection : les
portraits, les paysages, mais aussi les jeunes filles alanguies, qui constituent l'une des
thématiques majeures de son travail.
Toules les oeuvres les plus significatives sont présentes, dans cette rétrospective
depuis ses premièrs travaux consacrés à
" Mitsou, le chat ", en 1921, sous les encouragements de Rainer Maria Rilke,
alors qu'il est encore enfant, en passant par " La Rue", ce tableau énigmatique
réalisé en 1929, ou encore " Thérèse rêvant " de 1938, jusqu'au "
Lever " de 1978, avec en fin de visite une pièce totalement consacrée aux
innombrables dessins tous plus marqués de sensibilité les uns que les autres.
Après la première grande rétrospective qui lui est consacrée en 1956 par le Museum d'Art Moderne de New
York qui lui permet d'être totalement reconnu, celle de la Tate Gallery en 1968, et après la grande rétrospective du
Centre Georges Pompidou à Paris en 1983, et lexposition de la Fondation Pierre
Gianadda de 1978, c'est ici l'une des plus grandes expositions consacrée à cet artiste
de ces dernières années. Il est vrai que Balthus affectionnait particulièrement la
Suisse, en ayant habité durant son enfance le Valais, puis de longues annnées à la fin
de sa vie son chalet de La Rossinière
en pays de Vaud jusqu'au 18 février 2001, où il laissa derrière lui une oeuvre
totalement singulière de plus de 350 peintures.
Totalement autodidacte, il arrive à Paris en 1924 avec sa mère, proche de la famille
d''André Gide. Sous la protection d'André Derain et de Pierre Bonnard, il se passionne
rapidement pour la peinture. Il n'a alors que seize ans, et Paris est pour lui une ville remplie de
mystère, d'étrangeté, et d'une lumière particulière, avec des lieux, des personnages,
des odeurs qui l'envoûtent et lui procure une sensation pénétrante de mélancolie,
et de solitude qui l'inspirent et dont il imprègnera ses premiers tableaux. Il écoute
les conseils qu' André Derain et Pierre Bonnard lui prodiguent, mais il est fasciné par
Nicolas Poussin, dont il s'exerce à copier les oeuvres au Louvre. Il est
nostalgique de l'art du grand maître, mais aussi des personnages de Piero della Francesca
ou de Masaccio et admire aussi les oeuvres de Gustave Courbet.
Dès lors, il s'inscrit au fil du temps dant le courant d'une peinture
figurative nimbée de mystère dans un style qu'il emprunte au Quattrocento italien ou à
la tradition classique française avec Poussin, Ingres ou Courbet.
Balthus, comme Alberto Giacometti qui est devenu l'un de ses amis, se méfie des tendances
du surréalisme et de la peinture non figurative en vogue dans les années 1930.
Et il restera très attaché à la figuration tout au long de sa vie, en se démarquant
des avant-gardes. "Depuis
lontemps , la notion d'avant garde en peinture ne signifie plus rien. Les faux amateurs
d'art, les spéculateurs achètent ce qu'ils ne savent pas déchiffrer, de peur de rater
le coche. C'est le grand malentendu de l'art moderne. Ce phénomène a favorisé
l'éclosion de la dictature de la non figuration, à laquelle s'opposent les dictatures
expressionniste, surréaliste, minimaliste, non moins repoussantes et tout aussi
prometteuses de réveils désagréables...Quand je peins, je n'essaie pas de m'exprimer,
mais plutôt d'exprimer le monde" disait- il, (à Véronique Prat en février
1998 dans une interview au journal Le Figaro).
Dès le début des années trente, il peint des
portraits de jeunes filles, des paysages en de grandes compositions, mais il s'intéresse
aussi beaucoup à l'atmosphère urbaine . Avec "La Rue" qu'il peint en 1933, et
qu'il montre pour sa première exposition à la Galerie Pierre en 1934, il fait
scandale, mais aussi l'admiration d'André Breton, et de Jean Paul Sartre. Cette
toile représente une rue dans laquelle des personnages évoluent avec leurs regards fixes
et hypnotiques comme des automates, dans une existence séparée du monde. Il s'agit d'une
même rue qu'il avait déjà peinte en 1929, avec des personnages absorbés par leur
silence intérieur.
Balthus manifeste dans cette toile cette indépendance qui l'opposera de manière
définitive au surréalisme, qu'il considérera toujours être une faillite de l'art.
Résolument figuratif, ses tableaux au fil des années représenteront plus
volontiers des scènes à la fois intimistes, insolites et érotiques, dans lesquelles,
des jeunes filles, ou des personnages évoluent dans cette absence constante,
repliée sur soi, et une pensée à la proie au rêve, au cauchemar ou à l'
inconscient.
" Alice dans le miroir" qu'il peint en 1933 représente une jeune fille
aux yeux aveugles, et ignorant le regard de l'autre posé sur sa nudité innocente. Ce ne
sont pas les êtres, ni les choses que Balthus peint, mais les rapports d'absences et de
silences qui lient les individus, comme une dissolution tragique de la
communication. On est davantage avec Balthus dans les traces de l'existentialisme, car ce
que l'on croit comprendre, au travers ses portraits de jeunes filles, c'est bien
l'expression de la solitude de tout individu dans le monde, que rien ne caractèrise mieux
que l'adolescence.
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images/Balthus16.jpg
Balthus :
" La Rue "
1929 Huile sur toile
129,5 x 162 cm
© Coll. Part. New York
© ADAGP

images/Balthus30.jpg
Balthus :
" Thérèse Rêvant "
1938 Huile sur toile
150,4 x 130,2 cm
© Coll. Part. Mexico
© ADAGP
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"La Toilette de Cathy", qu'il peint la même année est issue dun
projet dillustration des Hauts de Hurlevent. Proche dAntonin Artaud et de sa
conception du "Théâtre de la cruauté", Balthus réalise les
décors et costumes de la fameuse représentation des Cenci . "Je veux, écrit-il,
y mettre beaucoup, beaucoup de choses, de la tendresse, de la nostalgie enfantine, du
rêve, de lamour, de la mort, de la cruauté, du crime, de la violence, des cris de
haine, des rugissements et des larmes! Tout cela, tout ce qui est caché au fond de
nous-mêmes, une image de tous les éléments essentiels de lêtre humain
dépouillé de sa croûte épaisse de lâche hypocrisie! Un tableau synthétique de
lhomme tel quil serait sil savait encore être grand. »
" Thérèse Rêvant "en 1938, ou " Les Beaux Jours " en
1944, ou encore " Deux jeunes filles " qu'il peint en 1949
transcrivent une dimension supplémentaire dans l'oeuvre de Balthus. Il y a de
l'érotisme dans ces toiles, mais l'abandon de ces jeunes filles dans le sommeil ou
dans le miroir traduisent essentiellement la fuite et l'éloignement du monde, l'abandon
à un bonheur perdu et inconnu que procure le rêve. Le symbolisme s'exprime dans la
traduction d'un bonheur qui est là en soi, davantage qu'il n'est avec les autres. Il
figure une quête nostalgique de paradis perdus dans le passé des rêves ou de l'enfance.
Antonin Artaud qui l'avait rencontré en 1934, y voyait une "peinture de
tremblement de terre" disait-il sous un calme factice. "Cette
peinture tellurique sent la peste, la tempête et les épidémies".
Loin des modes, Balthus disait de lui même : "Je suis né dans ce siècle, mais
j'appartiens bien davantage au XIXème siècle"
Voir dossier Balthus
Fondation
Pierre Gianadda
(LMDA)
Ci dessous pour en savoir plus : un
petit livre d'entretiens entre Balthus et Théodore Monod.
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