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  GEORGES ROUAULT
(1871-1958)


Georges Rouault dans son atelier 1953 © ADAGP

Georges Rouault dans son atelier
1953
© ADAGP



Né dans les circonstances les plus dures et dans la pauvreté au fond d'une cave le 27 mai 1871 au son du canon de la Commune de Paris, Georges Rouault fût très marqué par l'idée qu'il se fit plus tard des circonstances de sa naissance. Celle ci marqua pour toujours sa vision du monde, sa conception pessimiste et dramatique de la vie et la conception de la destinée :" Au milieu des massacres, des incendies et des épouvantements, je crois avoir de la cave où je suis né, gardé dans les yeux et dans l’esprit la matière fugitive que le bon feu fixe et incruste" ( lettre à A. Suarès du 27 avril 1913).
"La peinture est pour moi le moyen d'oublier la vie" disait -il parfois.

A 14 ans il était devenu apprenti chez un fabricant de vitraux où il avait appris à utiliser les teintes vives et l'utilisation des contrastes et des oppositions accentuées par les contours de plomb . Inscrit à 20 ans à l'Ecole des Beaux Arts aux côtés d’Henri Matisse dans l’atelier de Gustave Moreau, et après une courte et étrange phase académique, Georges Rouault développe rapidement un art très personnel en réaction à l'art poncif et académique,  fondé sur  l'utilisation des couleurs vives et de la matière.

La mort de Gustave Moreau en 1898, l'affecta profondément avec une période de crise, morale et physique à la fois, durant laquelle, il choisit de se tourner totalement vers l’art moderne, au regard des exemples de Toulouse-Lautrec, et de Cézanne.

Marqué par la solitude, l'année 1901 l’amène à s'orienter vers la foi, et ses liens d’amitié avec des écrivains chrétiens tels, J.-K. Huysmans et Léon Bloy, participeront à l'orientation de son évolution vers une vision spirituelle du monde et à la peinture religieuse.

En tant que membre fondateur du Salon d’Automne en 1903, il reste pourtant à l’écart des mouvements contemporains, comme le Fauvisme, et développe ses propres thèmes marqués par des portraits colorés et contourés de nuances sombres.
Cette galerie de visages faite de personnages divers, clowns, juges, filles, bourgeois, s'exprime dans un registre situé entre la satire sociale et la révolte, telle une interrogation à la fois sur les contingences de la vie, sur les limites de l’âme humaine, et sur celle de la peinture.

Dans les années 1910, Rouault exprime peu à peu une foi qui semblera s'orienter, sans doute aussi avec le contexte historique de l'époque, vers une forme de jansénisme, en se consacrant aux thèmes de la mort, de la vie et de la passion du Christ.
Il trouve alors son inspiration dans les sujets les plus mystiques ou les plus humbles. Il réalise de nombreux visages du Christ, mais aussi des figures par lesquelles il exprime son indignation douloureuse face à la société et la colère que lui inspirent l’hypocrisie, l’injustice et une existence que n’éclaire aucune vie spirituelle.

Les années 1920 et 1930 sont marquées par sa rencontre et sa collaboration avec le marchand d’art Ambroise Vollard, qui l'encourage à se consacrer à d'autres expressions artistiques que la peinture, telle par exemple la gravure destinée à l’illustration de livres.

A la fin des années trente Rouault peint peu à peu des visages moins sombres et désespérés pour s'orienter vers  une expression plus sereine, plus apaisée ou résignée.
Il peint également des "Paysages bibliques", intensément colorés comme exprimant les formes d'un monde idéal fait d’harmonie et de recueillement. C'est ainsi qu'il peint environ 800 tableaux par le contrat spécial qui le lie à Ambroise Vollard

A la fin de la deuxième guerre mondiale, Georges Rouault a 77 ans. Il fait un inventaire de ses travaux et considère que nombreux de ses tableaux sont imparfaits car n'ayant pas eu le temps de les retoucher ou de les refaire.
Au terme d'un procès qui l'oppose alors de 1939 à 1947 aux héritiers d'Ambroise Vollard, il obtient du tribunal la restitution de ses tableaux.
Il décide à l'issue d'un tri, de brûler 300 de ces peintures qui viennent de lui être restituées et qu'il considère mauvaises ou inachevées, revendiquant par là la liberté de l’artiste face à son oeuvre et à sa création.




(LMDA)

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