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Emil Nolde ( 1867 - 1956 ), de son vrai nom Emil Hansen, est né en 1867 à
Nolde à la frontière germano-danoise. Il s'intéresse tôt d'abord à la
pratique de la sculpture avant que de s'intéresser à la peinture. Il apprend
le dessin à Karlsruhe, puis à Saint-Gall en Suisse, où il devient enseignant
en Beaux Arts jusqu'en 1897. Il compléte ensuite sa formation à Munich, à
Dachau, puis à Paris, où il découvre l'univers de la peinture classique au
Louvre et fréquente l'Académie Julian en 1899.
A partir de 1900, il
se singularise très vite par une peinture farouche, impressionné qu'il est
par le travail de Van Gogh. Son individualiste est remarqué par les
jeunes artistes du mouvement Die Brücke auquel il se joint en 1906. Il
commence à exposer la même année, notamment à Dresde où sa peinture à
thématique campagnarde, avec un traitement des couleurs vives en pâte
épaisse, enthousiasme ses amis. Ses peintures sont présentées de
manière brute et vive, avec un dessin rapide, et une violence
s'exprimant au travers le mouvement, l'empâtement et la couleur. La
thématique dominante est alors essentiellement florale. Il quitte rapidement
le groupe Die Brücke fin 1907 pour des raisons de divergence d'opinion.
Partagé entre son enracinement dans sa terre natale du Schleswig et sa
fascination pour la vie urbaine, entre son goût pour la solitude et le
spectacle de la vie sociale, il décide finalement de s'installer en 1910 à
Berlin dont la vie urbaine et nocturne lui inspire de nombreux tableaux.
Mais il ne se sent pas à l'aise dans ce milieu artistique et ses toiles
incomprises sont de plus en plus refusées par les expositions de la
Sécession berlinoise.
Avec d'autres amis artistes, dont ceux de Die
Brücke, il crée alors la "Nouvelle Sécession", pour s'opposer aux
conventions des peintres berlinois. Les thèmes de ses tableaux évoluent
vers des sujets religieux, pour lesquels il emploie les mêmes techniques de
couleurs pures empâtées et apposées par des gestes vifs et violents. Il
peint notamment un polyptique en neuf parties entre 1911et 1912 sur la vie
du Christ.
Mais il peint également de nombreuses marines dont
certaines sont à la limite de l'abstraction et il se prend de passion pour
l'art primitif, après un séjour qu'il fait en 1913 dans des îles du
Pacifique. S'inspirant de ces arts exotiques, il peint lui-même des masques
et des statues, de manière à dénoncer les préjugés raciaux et le mépris
allemand pour les cultures primitives.
Emil Nolde se voulait incarner
l’esprit allemand dans la peinture moderne, et voyait dans les premiers
moments du National-Socialisme, matière à exprimer cette modernité. Il est
parmi les premiers adhérents de ce parti et signe même l'appel pour donner
tous les pouvoirs à Hitler le 18 Août 1934, bien que ses tableaux soient de
plus en plus attaqués par la presse. L'idéologue nazi Alfred Rosenberg, lui
reconnaissait un don certain notamment dans ses paysages maritimes, mais le
critiquait férocement pour ses portraits "négroïdes".
Lors de
l'exposition de Munich en 1937, il est dénoncé publiquement comme
appartenant aux artistes "dégénérés " au même titre que la plupart des
artistes qualifiés d' "expressionnistes" . Il a alors 70 ans, mais refuse
alors de se soumettre aux critères esthétiques du régime nazi. Il est
alors exclu de la section des Arts Plastiques de la Chambre de la Culture et
est frappé, en 1941, par Adolf Ziegler de l'interdiction totale de peindre.
Un grand nombre de ses oeuvres, plus de 1000 qui sont alors exposées dans
les musées allemands sont confisquées et un certain nombre sont détruites.
Il décide de ne pas s'arrêter là sous les ordres de la dictature et
poursuit son travail clandestinement en peignant des aquarelles sur des
papiers de récupération, ces émouvantes "images non peintes", véritables
oeuvres préparatoires à de futures peintures à l'huile.
Sa
reconnaissance internationale vient après-guerre. Emil Nolde est consacré de
son vivant comme l’un des artistes les plus importants de notre temps, tant
par la résistance qu' il a su montrer, en poursuivant son travail dans la
clandestinité sous le régime d'Hitler, que par l'exigence et l'audace de ses
oeuvres qu'il n'hésitait jamais à jeter lorsqu'elles ne correspondaient pas
à ce qu'il recherchait à traduire.
L’homme est toujours resté au
centre des préoccupations de Nolde dans ses oeuvres notamment au travers les
portraits, les maternités, les couples qu'il a peint. Ses paysages et ses
natures mortes ont été également autant de manifestations d'une
contemplation de la vie simple et de la nature, exarcerbées par les couleurs
de sa palette. Le sujet religieux lui même s'est toujours orienté chez lui
vers la recherche des racines primitives et naturelles de l'humain.
On retiendra au travers cet ensemble, une vision extrêmement
tourmentée finalement de l'existence.
(LMDA) |