Henriette Theodora Markovitch, dite Dora Maar,
est née en 1907 à Paris d'une mère française Louise Julie Voisin naturalisée croate,
mariée à un architecte croate de Zagreb, Josip Markovitch et a été élevée à Buenos
Aires.
En 1926, elle étudie à Paris dans l'atelier du peintre André Lhote. Elle y rencontre
Henri Cartier-Bresson, avant de faire la connaissance de tous les grands artistes de
l'époque et des surréalistes, dont Paul Eluard et André Breton, mais aussi Georges
Braque ou Jean Cocteau.
C'est Paul Eluard qui lui présente Picasso au Café des Deux-Magots à Paris, en 1935.
Dora Maar a alors 28
ans, splendide égérie du mouvement surrréaliste, formée à la photographie par
Brassaï et Man Ray.
C'est le Front Populaire et s'annonce la guerre d'Espagne, prélude à la guerre mondiale
et à l'occupation. Picasso vient d'être déclaré "artiste dégénéré"
par les nazis. Il a 53 ans et cesse de peindre. Il vient de quitter sa femme Olga, et il
entretient une liaison avec Marie-Thérèse qui lui a donné une fille, Maya.
La rencontre de Dora Maar et de Picasso est le point de départ d'une relation
passionée, tumultueuse et féconde, huit années durant, où elle est à la fois sa muse,
son égérie et sa maîtresse. Femme engagée et indépendante, elle encourage Picasso à renouer avec
l'avant-garde.
Elle tient une chronique photographique de cette période difficile de Picasso mais riche
en oeuvres "politiques". C'est ainsi qu'elle réalise le premier reportage de
l'histoire de la peinture sur une oeuvre en cours d'exécution, la célèbre oeuvre de
Picasso, "Guernica" réalisée
en 1937 dans son atelier de la Rue des Grands Augustins à Paris, dont elle prend plus d'une
centaine de clichés. Ces photos, négatifs et planches provenant des archives laissées
après sa mort en 1997, parmi les 450
oeuvres retrouvées chez elle, seront le témoignage incomparable de l'évolution de
l'esprit créatif en exécution de Picasso.
Malgré leur séparation, début 1945, Dora Maar restera le modèle favori de Picasso et
la seule femme à avoir réellement influencé son génie créateur. Les nombreux tableaux
que Picasso lui consacre ou bien ceux dans lesquels il la prend pour modèle, comme les
célébrissimes "Femme qui pleure" ou " Portrait de Dora Maar
"en témoignent clairement.
Dora Maar par ses convictions affichées de femme de gauche n'aura pas été la simple
muse de Picasso, mais aura eu une profonde influence sur lui, aussi bien sur le plan
artistique que sur celui de son engagement politique, particulièrement au moment de la
guerre d'Espagne.
Très ébranlée par sa rupture avec Picasso, Dora Maar s'enfermera dans la solitude,
d'abord à Avignon, puis reclue dans son appartement délabré de la Rue de Savoie
à Paris jusqu'à sa mort, le 16 juillet 1997.
(LMDA)
|