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Pendant plus de soixante
ans, Claude Monet ( 1840 - 1926 ) a peint sans relâche. Son oeuvre
incarne l'invention et l’expression la plus aboutie de
l’impressionnisme. Elle a constitué au début du XXème siècle l'un des
fondements de l’art moderne et inspira les plus grands maîtres de la
peinture de ce siècle : Kandinsky, Pollock et tant d'autres.
Par un parcours extrêmement riche et varié cette
exposition complète la précédente exposition qui avait été consacrée au
génie de l’artiste en 1980, pour un hommage inédit. Avec un
ensemble d'oeuvres rassemblant à la fois des scène d’intérieur et des
scènes en extérieur, comme l'affectionnait Claude Monet, le visiteur
découvre la grandeur de l'artiste au travers les
luminosités chatoyantes des couleurs et les rendus parfaits de la
lumière sur les paysages qu'il réalise. Si Claude Monet a été sans
doute l'un des plus grands peintres de paysage, il a été également un
maître dans le domaine des portraits et des natures mortes.
L'exposition est organisée par thèmes, et selon un ordre chronologique,
pour mieux appréhender l'évolution et la technicité grandissante de
l'artiste au fil de l'oeuvre. Depuis les débuts de Monet vers les années
1860 jusqu’aux dernières oeuvres consacrées au cycle des Nymphéas, le
visiteur est invité à découvrir l'immense sensibilité du peintre,
exprimée aux travers ses touches de couleurs, aux variations multiples,
aux nuances et aux tonalités infinies qui montrent la force, la rigueur
du talent, qui fut le sien. Même si la constance des sujets et les
répétitions accompagnent la carrière du peintre dans sa volonté de
montrer l'infini des jeux de la lumière, l'exposition montre comment
Claude Monet, au travers son admiration pour la nature, a pu mettre en
relief un immense univers poétique, marqué par les rêveries, la
nostalgie du temps qui passe, le retour vers les souvenirs d'un
bonheur qui s'éloigne au fil des jours. Claude Monet tout au long de
sa carrière aura voulu saisir dans chacune de ses toiles, et jusqu'aux
Nymphéas qui furent sa dernière oeuvre, l'émotion et l'intensité de la
beauté de l'instant.
Oscar-Claude Monet est né à Paris le 14
novembre 1840. Ses parents arrivent au Havre en 1845 où ils espérent
faire meilleure fortune qu'à Paris en tenant un petit commerce en
épicerie. Les affaires d'Adolphe Monet, son père, prospèrent rapidement
car Le Havre, mais aussi, Honfleur et Trouville sont les ports de
départs de nombreux navires vers l'Amérique, lesquels doivent se
ravitailler pour leurs traversées vers New York. Ses parents
s'installent à Ingouville vers 1850, et c'est là sur les plages proches
de Sainte Adresse, à regarder les bateaux, à admirer le jeu des éclats du
soleil sur les vagues, à flaner sur les docks, davantage qu'à aller à
l'école, qu'il s'imprègne du goût indéfectible qui sera le sien pour
la nature.
Sa carrière d'artiste débute tôt, à 16 ans, alors qu'il
est encore écolier. Il avait commencé à faire les caricatures de ses
maîtres dans les marges de ses cahiers de classe, dont celle de son
professeur de dessin, M. Ochard, en lui dessinantt une grosse tête sur
un corps frêle, selon un style découvert dans les journeaux illustrés de
l'époque. Très vite, il se consacra à la peinture de paysages avec la
rencontre d'Eugène Boudin, originaire d'Honfleur, qui lui conseilla au
regard de son talent de caricaturiste de se consacrer à l'étude de la
peinture et des paysages en pleine nature. Sa vocation de paysagiste
naquit à ce moment-là et contribua de façon définitive à sa prédilection
pour la peinture en plein-air. Deux ans après le décés de sa mère en
1857, et très affecté par sa disparition, il décide de venir étudier à
Paris à l'atelier Suisse, où il se lie d'amitié avec Camille Pissarro.
Après deux ans de service militaire à Alger, Monet revient au Havre pour
revoir Eugène Boudin et fait la rencontre à Honfleur de Johan Barthold
Jongkind à la Ferme Saint-Siméon où se retrouvaient souvent les
artistes. "Jonkind compléta l'enseignement que j'avais reçu de
Boudin. A partir de ce moment là, il devint mon véritable maître "
dira -t'il plus tard.
A Paris au début des années 1860, l'atelier
parisien privé du peintre académique Charles Gleyre devient le lieu de
rencontre de nombreux jeunes artistes. Renoir dans un premier temps, en
1861, puis Frédéric Bazille, Claude Monet et Alfred Sisley rejoignent le groupe lesquels
ont une véritable fascination pour la peinture réaliste, loin de
l'académisme dominant l'époque. Monet se lie d'amitié avec Bazille à qui il
fait découvrir Honfleur.
Claude Monet s'attéle à la réalisation de tableaux réalistes qui sont
exposés quelque temps après à la Galerie du Musée d'Orsay. Ce sont par
exemple des tableaux tels que "Trophée de Chasse" de 1862, un portrait en
pied "Mme Gaudibert" réalisé en 1868. De son coté Frédéric Bazille se
lie d'amitié avec Pierre-Auguste Renoir en 1867 pour lequel il réalise son
portrait que Renoir conservera toute sa vie.
Monet et Bazille se
retrouvent à travailler ensemble en 1863 près de Fontainebleau, auprès des
peintres du groupe de Barbizon. Monet qui sera victime d'un accident durant
cette période se trouvera représenté par Bazille dans un petit tableau le
représentant immobilisé : - "L'Ambulance Improvisée" en 1865. Peu après en
1870, Bazille décédera dans les combats de Beaune-la-Rolande, à l'âge de 29
ans seulement, lors de la guerre Franco-Allemande (1870-1871)
Claude Monet devient alors
rapidement le peintre le plus remarqué, en particulier avec son "Embouchure
de la Seine à Honfleur " réalisé en 1865. Les critiques avaient très
favorablement accueilli ses débuts au Salon de 1865, avec ce tableau jugé
comme remarqauble. Sa version du "Déjeuner sur l'Herbe" destinée au
Salon de 1866, en hommage à Edouard Manet avait étéaussi un défi qu'il lui
lançait. Cependant Monet ne termina jamais ce tableau, qui fut découpé en
trois morceaux, dont deux survivront, avec la partie centrale sera
accueillie au Musée d'Orsay, à Paris, en mars 1987.
En 1869, Monet
et Renoir décident de travailler ensemble. Ils se retrouvent à Chatou, à la
Grenouillère, un café construit sur un ponton sur la Seine, lequel devient
un lieu de promenade et de rendez-vous à la mode. Monet et Renoir y peignent
chacun leurs célèbres toiles : " La Grenouillère ", peintes
simultanément. Il poursuivit cette expérience avec Pissarro, avec qui il
travailla également la même année à Louveciennes.
En juillet 1870, la
guerre avec la Prusse est déclarée. Peu après Monet se refugie à Londres aux
côtés de Camille Pissarro, chacun choisissant des paysages londoniens
différents pour comparer leurs réalisations. Monet y peindra " Hyde Park "
et " Westminster ". Il en profitera aussi pour étudier les oeuvres de
Constable et de Turner, et y peindre la Tamise. C'est là qu'il rencontrera
le marchand d'art Durand-Ruel, qui deviendra le galeriste de référence dans
le domaine de l'impressionnisme.
De 1871 à 1878, Monet revient
vivre à Argenteuil, un village au bord de la Seine près de Paris, au nord de
Bougival et de Chatou. Argenteuil sera le cadre des oeuvres les plus
représentatives du mouvement impressionniste, pour Monet, mais aussi pour
Manet, Renoir et Sisley. Il y peint les travaux de réparation du pont
d'Argenteuil détruit lors du conflit avec les Prussiens, mais aussi " Le
Bassin d'Argenteuil" en 1872, " les Bords de la Seine " à Argenteuil et
plusieurs autres tableaux dans lesquels il innove en quelques compositions
audacieuses, par des effets de reflets et d'ombres dans l'eau, complétant la
structure du sujet représenté. L'année 1872, est aussi l'année où Claude
Monet peint " Impression Soleil levant ", qui donnera son nom à
l'Impressionnisme.
Après une période de soucis financiers, en 1878, Monet
doit déménager à Vétheuil. C'est une période difficile, avec peu de revenus
et
le décés de sa femme en septembre 1879, à l'âge de
trente deux ans. A partir de 1883, il s'installe dans un ancien pressoir
qu'il loue à Giverny. Il est accablé alors par les dettes, mais il continue
à peindre des paysages qui se reflètent dans l'eau de la Seine ou de l'Epte,
la petite rivière qui longe Giverny. Avec la vente de quelques toiles, le soutien, qu'il a de
la part d'Octave Mirbeau, et la vente d'une oeuvre au marchand Théo
van Gogh, il parvient finalement à acheter la maison en 1890. En 1893,
il obtiendra l'autorisation d'aménager un petit étang à l'extrémité de son
jardin, dans lequel il fait mettre des plantes aquatiques et des nénuphars,
et construire un pont de bois. Monet avait été initié à l'art du jardinage
par Gustave Caillebotte, et les fleurs des massifs, la maison, devinrent les
sujets principaux de son travail.
Il épouse en 1892, Alice
Hoschedé, sa maîtresse qui partageait sa vie depuis 1876. Monet peint alors
les peupliers qui bordent l'Epte, sous les différentes lumières des
saisons et des conditions climatiques, puis il se concentre sur la
représentation de sujets identiques à différentes heures du jour: comme
"Meules de foin " en 1890 et 1891, puis la "Cathédrale de Rouen" entre 1891
et 1895.
Ces peintures en
séries attisent la curiosité et sont très appréciées du public. C'est ainsi
que quinze d'entre elles sont vendues à l'exposition organisée par
Durand-Ruel, bien que certains critiques et peintres impressionnistes
deviennent dubitatifs et critiques à son égard en y voyant une production
facile et alimentaire .
Monet de plus en plus connu hors des
frontières et jusqu'aux Etats-Unis, se met à voyager intensément. Il se rend
à Londres et à Venise plusieurs fois, ainsi qu'en Norvège en répondant à
l'invitation de la Reine Chistiana. A partir de 1899, il concentre son
travail sur les représentations de son jardin aquatique et de ses nénuphars.
"J'ai mis du temps à comprendre mes nymphéas. Je les avais plantés pour
le plaisir; je les cultivais sans songer à les peindre ... Un paysage ne
vous imprègne pas en un jour ... Et puis tout d'un coup, j'ai eu la
révélation des fééries de mon étang. J'ai pris ma palette ... Depuis ce
temps, je n'ai eu guère d'autres modèles ... "
La
représentation de ses nymphéas à la surface de l'eau dominera complètement
son travail jusqu'à ses derniers jours. Après le décès de sa seconde
épouse en 1911, il sombrera dans le chagrin et perdra progressivement la
vue. Il ne parvindra à achever son cycle des "Nymphéas" dont il voulait
faire don à la France que par les encouragements soutenus de Clémenceau
jusqu'à sa fin le 5 décembre 1926.
(LMDA - Julian Lemann )
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