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D'origine lituanienne, Chaïm Soutine ( 1893 -1943 )
est issu d'une famille pauvre vivant misérablement dans les traditions et les principes
religieux du Talmud dans le ghetto juif de leur village. Son père fait de la couture pour
le compte d'un tailleur. Chaïm, timide et réservé est le dixième de onze enfants.Les
études ne l'intéressent pas, et écolier, il passe de longs moments à dessiner des
portraits de personnes quil rencontre.
En 1902, son beau frère l'accueille à Minsk, pour lui apprendre le métier de
tailleur. Mais son désir de dessiner domine. Son ami, Michel Kikoïne, qui partage
la même passion du dessin, l'incite à prendre des cours de peinture. En 1909, il part à
Vilna avec lui, où tous deux trouvent un emploi de retoucheurs chez un photographe.
En 1910, il passent son examen dentrée à lécole des Beaux-Arts.
Kikoïne part pour la France en 1912. Il décide l'année suivante de rejoindre son ami et
c'est ainsi qu'il arrive à Paris en Juillet 1913, où il découvre un monde totalement
différent de sa Russie natale.
Paul Krémègne,
l'un de ses amis russe rencontré à Vilna et venu lui aussi à Paris deux ans plus tôt,
l'accueille et lui fait rencontrer les artistes du quartier de Montparnasse, parmi
lesquels de nombreux peintres étrangers, que lon désignera ensuite sous le nom de
lÉcole de Paris.
Soutine fréquente régulièrement le Musée du Louvre et il s'inscrit à l'Ecole des
Beaux-Arts, tout en travaillant de nuit comme porteur à la Gare Montparnasse. Il est
déjà malade, sans doute par les conséquences des années de privations et de
souffrances de sa jeunesse en Russie. Traqué par la misère et par la maladie, il
tente un jour de se suicider, mais il est sauvé par son ami Kikoïne.
En août 1914, c'est la guerre et lordre de mobilisation générale est donné en
France. Soutine se porte volontaire. Il part creuser des tranchées, mais il est
rapidement réformé à cause de son état de santé. Recensé comme émigrant juif, il
obtient de la Préfecture de police un permis de séjour au titre de réfugié.
ll sinstalle alors Cité Falguière dans le XVème arrondissement de Paris. Le
sculpteur Jacques Lipchitz lui présente Amedeo Modigliani, qui a été également
réformé car atteint de tuberculose. Modigliani, qui est son aîné de dix ans lui voue
une réelle affection et devient son ami. Tous deux liés par un destin semblable ne
mangent que rarement à leur faim, et sadonnent volontiers à la boisson, et aux
soirées avec les prostituées. Soutine peint beaucoup et va souvent dans les chemins aux
abords de Paris à la recherche des paysages qui l'inspirent.
Modigliani lui présente le marchand d'art, Léopold Zborowski en 1918, avant que de
partir se soigner pour sa tuberculose à Vence, dans le midi de la France. Soutine, de son
côté ne s'adapte pas à la vie parisienne. Il est invité par Pierre Brune, à venir
s'installer à Céret, dans les Pyrénées-Orientales. Quelques mois plus tard, fin
Janvier 1920, il apprend la mort de son ami Modigliani.
Ébranlé par cette disparition, il cesse de boire et
suit les conseils de ses médecins pour salimenter correctement. Son estomac le fait
de plus en plus souffrir. Sauvage, ombrageux, colérique et secret, il vit à l'écart et
s'enferme dans la peinture. En été 1920, Zborowski vient chercher près de 200 toiles.
C'est alors que le docteur Albert Coombs Barnes un riche collectionneur américain, vient
à Paris, pour collecter une série duvres contemporaines destinées à la
fondation qu'il vient de créer à Philadelphie. Zborowski parvient à lui vendre
soixante toiles de Soutine peintes à Céret, ce qui lui assure une soudaine renommée
dans le mileu artistique.
Chaïm Soutine décide alors de partir dans le midi de la France à Cagnes pour
peindre des séries de paysages aux couleurs les plus vives. Mais la région ne lui
convient pas il revient à Paris. Souvent envahi par des doutes sur lui même, obsédé
par des questions de formes et de couleurs, insatisfait de son travail, il ne cesse de
s'interroger sur son art. Un jour, pris d'une soudaine colère, il contre lui même, il
brûle un grand nombre des toiles qu'il avait peintes à Céret.
Vivant un peu mieux, il s'installe dans un atelier plus spacieux à Paris, à proximité
du Parc Montsouris. Là, il se passionne pour la lecture et pour la musique, tout en
peignant. Mais son voisinage est horrifié par les carcasses d'animaux écorchés ou
éventrés qu'il prend alors comme modèle pour ses toiles, et se plaignent des odeurs
putrides qui envahissent l'atelier et la rue.
C'est en juin 1927, que se tient le vernissage de la première exposition de ses
uvres. Il séjourne parfois dans la maison de campagne de Léopold Zborowski dans
lIndre ou dans la propriété de Marcellin et Madeleine Castaing près de Chartres,
avec qui il s'est lié damitié car grands amateurs dart. Leurs relations avec
le milieu intellectuel, artistes ou écrivains tels que Blaise Cendrars, Erik Satie
ou Henry Miller, permettent à Soutine de se faire connaître et d'être présent dans de
nouvelles expositionset d'être retenu dans le choix de certaines grandes collections.
En 1929, il repart pour le midi de la France à Vence, où il peint une série consacrées
aux arbres. Mais les acheteurs se font plus rares, car la crise économique née aux
États-Unis vient de gagner l'Europe. En 1932, la marchand d'art Zborowski se trouve est
ruiné et meurt à 43 ans dune crise cardiaque.
Soutine propose alors sa production à Marcellin et Madeleine Castaing qui lui permettent
en 1935, d'être exposé à Chicago, avec une vingtaine d'oeuvres, ce pour la première
fois aux États-Unis.
En 1937, une exposition lui est consacrée au Petit Palais à Paris. Il rencontre alors
Gerda Groth, réfugiée juive allemande qui a fuit le régime nazi. Lorsque la guerre
éclate, l'été 1939, ils partent vivre ensemble dans un petit village de lYonne .
Les juifs ont lobligation de se faire recenser. Le 15 mai 1940, Gerda est arrêtée
et Soutine doit se cacher en différents lieux tout en retournant souvent à Paris pour se
faire soigner.
Il touve à se réfugier à Champigny-sur-Veude, près de Tours avec une nouvelle
compagne, Marie-Berthe Aurenche. Il poursuit la peinture malgré les douleurs les plus
vives qui l'affectent en permanence et le plie de douleurs depuis de nombreuses d'années.
Fin juillet 1943, son état de santé se détériore soudainement et il cesse de peindre.
Le 31 juillet au matin, il doit être hospitalisé. Avant dêtre transporté, il
demande à se rendre à son atelier et brûle ses toiles. À lhôpital de
Chinon, son état est jugé grave : un ulcère avec hémorragie interne est
diagnostiqué. Il doît être opéré.
Il est dirigé vers Paris, mais les contrôles de la France occupée doivent être
évités et le voyage savère plus long que prévu. A son arrivée, le 7 août, il
est opéré sans doute trop tardivement car il meurt deux jours plus tard. Son enterrement
à lieu le 11 août, au cimetière du Montparnasse.
Chaïm Soutine est resté longtemps à l'écart du mileu artistique, à cause de sa
personnalité très particulière , mais aussi par son art, resté incompris,
marginalisé. Il fut assimilé souvent à un artiste malsain et difficile, sur lequel tout
lantisémitisme ambiant l'avait marginalisé dès le premier jour où il était
arrivé à Paris.
Encore aujourdhui il reste de lui limage de l' artiste maudit, du juif
émigré sur qui pèse tous les interdits dune religion trop contraignante et dont
le physique se prête à tous les clichés antisémites.
Artiste génial Chaïm Soutine fut, l'observateur des âmes et des esprits. Ses portraits
soulignent particulièrement la personnalité des modèles choisis. Il sait tirer les
caractères, les pensées, les travers des personnages qu'il peint dans une synthèse qui
exhume la force de chacun deux, dans un genre quaucun artiste avant lui
navait su exprimer.
Classifié comme artiste expressionniste, on peut en effet considérer qu'il est l'un des
rares, voire le seul à pouvoir représenter ce mouvement en France, comparativement à ce
qui se déroule en Allemagne ou en Autriche à la même période. Comme les artistes
allemands ou autrichiens de cette époque, il est un véritable visionnaire. Il transcende
la réalité et la transforme en une figuration imaginaire, à la croisée de plusieurs
mouvements artistiques naissants. Tout en s'inspirant des artistes les plus classiques et
les plus illustres, comme Rembrandt, Courbet, Corot, ou Cézanne, il est le précurseur
des plus grands artistes de la deuxième partie du XXème siècle comme Pollock, De
Kooning, Bacon ou Baselitz .
(LMDA)
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