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Asger Jorn, de son vrai nom Asger Jörgensen,
(1914-1973), est considéré comme l'artiste danois le plus important du XXème siècle.
Il est en 1948, avec ses amis Carl-Henning
Pedersen, Henry Heerup, Egille Jacobsen, le Belge Pierre Alechinsky, Christian Dotremont,
Joseph Noiret, les Hollandais, Karel Appel, Constant et Corneille, l'un des fondateurs
du mouvement Cobra qui jouera dans les années 1950 à 1960 un rôle essentiel dans les
mouvements d'avant-garde, avec notamment le Mouvement International pour un Bauhaus
Imaginiste (1953-1957) et l'Internationale Situationniste (1957-1960) dont les influences
se font sentir jusqu'à aujourd'hui.
Ayant été l'élève de Fernand Léger à Paris en 1936 et 1937, il a tout d'abord eu
beaucoup de difficulté, comme il le dira plus tard, à s'affranchir de l'influence de son
maître. Ce n'est qu'à partir de 1945, avec la découverte des univers irrationnels de
Klee et de Miró qu'il finira par trouver son propre langage artistique.
Au cours des années qui suivent la Seconde Guerre, l'art d'Asger Jorn très personnel,
est essentiellement d'expression spontanée, intuitive, et colorée. Son art figuratif,
composé de taches d'une grande intensité expressive, suggérant un monde végétal
intense et mystérieux, est marqué par une certaine mythologie scandinave et un bestiaire
fantastique composé d'être furtifs.
Le mouvement Cobra qu'il crée avec ses amis en
novembre 1948 à Paris lui apporte une nouvelle liberté qui le pousse vers
l'abstraction, souvent violemment expressive avec des coloris intenses. Au Café de l'Hôtel Notre-Dame, sur le Quai Saint
Michel, le mouvement CoBrA , est créé à partir du nom
des villes d'où ils arrivent : Copenhague,
Bruxelles, Amsterdam, au
centre de la "grande
capitale culturelle", qu'est
encore Paris à cette époque. D'autres artistes - belges, danois, néerlandais, suédois,
tchèques, allemands et français, se joignent à
eux , comme le Français Jean-Michel Atlan ou le Néerlandais Théo Wolvecamp.
Ils se réunissent ainsi dans le
souhait de réaliser un idéal d'une meilleure société, en pensant que l'expression
créatrice doit devenir un langage universel. Ils rejettent la culture rationaliste
européenne dont la guerre vient de démontrer la décomposition. Ils recherchent dans les
formes artistiques les moins contaminées par les normes et les conventions, les signes
des expressions primitives : c'est l'art préhistorique, l'art populaire médiéval, l'art
naïf, les créations des enfants ou des handicapés mentaux, l'écriture, la
calligraphie, qui pour eux sont au plus près de la nature de l'individu, de son
psychisme et d'un subconscient au plus proche de son authenticité profonde.
Aussi entreprennent-ils de rechercher toutes les formes irrationnelles qui peuvent
s'exprimer dans l'art sous toutes ses formes, et dans toutes ses matières : le dessin, la
peinture, la sculpture, le bois, le métal, la terre, les mots, les sons, l'écriture.
A l'origine de leur activité artistique, se trouvera aussi une réflexion politique
engendrée par une analyse marxiste révolutionnaire de la société, et
contre toute spécialisation de l'art : ils s'intéressent à la
réalisation en commun d'oeuvres de poèmes, d'écritures, de peintures en
s'opposant à tout formalisme stylistique ou esthétique.
Asger Jorn, à la fin des années 1950, en dehors des
ses pures créations, s'engagera dans la réalisation de plusieurs séries de
"modifications", peintures composées à partir de tableaux anciens
achetés au marché aux puces, sur lesquels il ajoutera ses propres interventions en les
couvrant de ses couleurs vives et violentes. "Soyez modernes, collectionneurs,
musées. Si vous avez des peintures anciennes, ne désespérez pas. Gardez vos souvenirs
mais détournez-les pour qu'ils correspondent à votre époque. Pourquoi rejeter l'ancien
si on peut le moderniser avec quelques traits de pinceau ? Ça jette de l'actualité sur
votre vieille culture. Soyez à la page, et distingués du même coup. La peinture, c'est
fini. Autant donner le coup de grâce. Détournez. Vive la peinture ! "
écrit-il en 1959.
A côté des ses nombreuses peintures, Asger Jorn réalisera de très nombreux dessins
dont il en léguera plus de cinq cents au Musée de Silkeborg au Danemark à partir de
1957.
(LMDA)
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